Skip to main content

Full text of "Mémoires de la vie de Jean de Parthenay-Larchevêque, sieur de Soubise [by F. Viète ..."

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



y-^ 



A^ 



MÉMOIRES De la vie 

DE JEAN 

DE PARTHENAY-LARCHEVÊQUE 

SIEUR DE SOUBISE 



r 



Tiré à 300 exemplaires tous numérotés. 



w 




Paris. Typ. Dbusbbroub, boulevard de Vaagirard, 113 



MÉMOIRES DE LA VIE 



DE PARTHENAY-LARCHEVÊQUE 

SIEUE DE SOUBISE 

de Lettres relatives aux Guerres d'Jtalic so\is Henri ii 

et au Siège de Lyon 

(1563-1563) 

^vec une 'Préface & des 'H^oles 
JULES BONNET 




PARIS 
LÉON WILLEM, LIBRAIRE 

2, SUE DES POITEVINS 
1879 



rs;'. J. . 720. 



f 



M. Alfred ANDRE 

EN SOUVENIR DES GRANDS CARACTÈRES 

ET DES BELLES AMES 

DU XVIe SIÈCLE. 

J. B. 



a 



PREFACE. 



Le xvr sièelcj ci^et de tard de curieuses 
recherches et de savant^ pubUcatianSj réserve 
toujours de nouvelles découvertes à ceux qui Vé^ 
tudient avec amour , et cherchent dans les docu- 
ments originaux une révélation plus exacte du 
passé. Au premier rang des sources à interro- 
ger ^ se placent les correspondances des person- 
nages historiques^ qui nous initient aux secrets de 
leurs pensées et aux mobiles de leurs actions. Les 
lettres écrites au moment où les événements se 
passent^ et destinées à les préparer j à les accom- 
plir y ou à les raconter f sont y comme Va si bien 
dit M. JHîgnety les plus précieuse matériaux de 
P histoire, et notre époque en a su tirer un 
merveilleux parti. Puis viennent les mémoires 



IV 

composés après coupj par les acteurs eux- 
mêmes ^ ou par des témaÎTis plus au moijis au- 
torisés de lewr me, Cest un premier essai de 
biographie j où perce wne iritentum apologétique; 
mais qui rCen qff^e pas mains ePutiks rensei- 
gnements à r historien. 

Tel est assurément le cas des Mémoires j pu- 
bliés pour la première Jois dans le Bulletin dk 

LA SOCIÉTIÉ DE L'HiSTOIRE DU PROTESTAN- 
TISME FRANÇAIS (t. XXTTI et XXrV) et dont 
on réimprirne ici le texte revu et corrigé avec 
soin. Le personnetge M^oriquej dont il évoque 
la destifîéCy méritait une place élans la galerie 
des Hommes illustres et des grands Capi- 
taines FRANÇAIS de Brantôme j où il ne brille 
que par son absence. Entre Gmse et Coligny^ 
dans le groupe formé par Montmorency^ Ne- 
mxmrSy TavaneSj Monthic et les Strozzij on 
s^ étonne de ne pets rencontrer Jean de Par- 
thenay-V Archevêque j sieur de SoubisCj mêlé 
comme eux aux guerres d^ Italie j aux troubles 
de religion j et qui sut demeurer papote en com^ 
battant sous le drapeau réformé. Parmi les 
lieutenants de Condé nul ne put dire mieux que 
lui : Pro Dec et patria dulce pericnlnm ! 



— V — 



Tay 90U8 les yeux un mémoire génécUogique 
rédigé par saJiUe Catherine de Parthenày^ qtdj 
rattachant les Parthenay aux Lusignan^ nous 
transporte aux premiers âges de la monarchie. 
Sans retnonter aussi haut^ et en laissant à de 
plus habiles le soin de trancher une question 
délicate^je n'emprunterai au mémoire en ques- 
tion que des détails d'une exactitude incontes- 
table sur le héros de cette notice. 

« Jean PArchevesquCy 5^ du nom y seigneur 
de Soubise, espousa Michelle de Sauhonne^ dame 
d'atours de la Royne Anne (de Bretagne) de 
laquelle elle estoit fort favorisée j et fut donnée 
par elle pour gouvernante à Madame Renée sa 
filcj depuis duchesse de Ferrare. Elle fut femme 
fart estimée^ tant pour sa sagesse que pour son 
entendement et grande conduite en ajfaires-; 
Budœe Itdrendce tesmoigriage. Elleavoitdèslors 
cognoissance de la vraye religion et y instruisit 
tous ses enfants. 

3> De ce mariage naquirent un fis et trois 
ftlesj assavoir Jean VArchevesquej et Anne, 
Charlotte et Renée de Parthenay. 

<L Jean VArchevesquCy 6^^ et dernier du nom^ 
mgneur de Soubise^ nasquit posthume^ et fut 



Henri I F, dont la protection assura le repos de 
ses derràera jours. Viète aeait tiiigt-six ans à 
la mort du sieur de Souèise {septanire 1566). 
Il l'avait connu dans l'intimité du foyer, et ses 
souvenirs personiiels , ainsi que les communica- 
tions qu^il dut receeoir de la famille, le ren- 
daient éiMTfemment propre à retracer la vie du 
prJre de son élrve. 

Des eonsidtrations puisées à une oîdre source 
siennerU d l'appui dû cette conjecture. Il existe 
des Mémoires de la Vie de Soul/ise deux manu- 
scrits qui peuvent égalem£nt prétendre au titre 
d'originaux. L'un conservé à la Bibliothrque 
Nationale (Collection Dupuy, vol. 743, fol. 
186-219) et portant d'assez nombreuses cor- 
rections ou additions; c'est le texte qui a servi 
de base à la publication (/«Bulletin. L'autre, 
tjui seigle la mise au net du prejuier, avec 
quelques améliorations en plus, est un cahier 
de !i5 pages in-folio, appartenant à M. Du- 
gaet-Matifeux de Montaigu, Vendée, qui nous 
l'a communiqué avec le plus gracieux empres- 
sement. Ces deux manuscrits, d'écriture diffé- 
rente, ont ceci de commun qu^ils offrent en 
marge des som}naires de la main de Catke 



— IX — 

de Parthenajfy aitun que deux notée aà Fan rc'^ 
connaît celle de son ancien précepteur ^ 

Voici la première : 

€ H/auldrait m^advertir de tom les voyages 
et camps qtd ont esté de ce temps-là j afin de 
nC enquérir de ce qui luy peuU estre venu de 
plus notable. Je ne sçay si ce fat au voyage 
de Valenciennes où le Boy FrançoySj après 
wocir ravitaillé Landrecyj à la barbe de VEm^ 
pereur ^, fit une retraite avecques la lanterne^ 
qu'ion estimait fort belle* Quoy que ce soitj le 
S*" de Soubise fut faict chevalier de Vacco^ 
kde '. » 

Est 'il téméraire de conclure de cette rwte 
que celui qui Va tracée est bien V auteur des 
Mémoires? Il y a plus : nous avons de la main 

* n suffit pour s'en convaincre de les rapprocher 
d'une page quelconque de récriture de Viète, par exem- 

* pie de renoncé de divers problèmes de Tillustre mathé- 
maticien. (Collection de M. Benjamin Fillon.) 

* Le 1«' novembre 1543. 

* La seconde note n'est qu'une vague indication re- 
lative au siège de Calais : <k Se fault souvenir que le 
siège de Chalais ne fut de longtemps après, et fut 
depuis le dernier voyage que le S' de Soubise lit en 
Italie. 9 



ile Viète une ffénéalogie de la maison de Par- 
thenay-Limg'na.n, composée à l'usage de son 
élève, qui s'est elle-même exercée mr ce su/e^. 
O, Tums lisons au début de la biographie de 
Jean l'Archevesgue ces mois adressés à sajille : 
a Le Sieur de Soubiae estait de la maison de 
Partltenay, descendue de celle de Lusignan, de 
l'ancienneté et illustration de laquelle je tous 
ay par cy-devant donné des Mémoires, s Ici 
pliis de doute possible, Viète ne peut en effet se 
désigner plus clairement comme l'aideur d''une 
Twtice, dont le ton dégagé, les libres allures, 
dénotent d'ailleurs une plmne laïque. 

Il ne reste plus qu'à déterminer la date de 
la rédaction de ce morceau. Je me trouve ici 
pleinement d'accord avec M. Dugast-Matifeux, 
qui ^exprime ainsi ; a François Viète, en ad- 
mettant, comme c'est probable, qu'il soit l 'auteur 
des Mémoires, a dû les rédiger lorsqu'il vivait 
dans l'intimité de Françoise deMohan, dame 
de la Gamache, et qu'il haiitait BeoMVoirsur- 
Mer, c'est-à-dire postérieurement à Van 1577. 
Comtne il y est question du siège de Fontenay 
par le duc de Mtmtpensier, qui eut lieueal57i, 
ce détail seul prouve qu'ils ont été écrits depuis 



— XI — 

cette époque ^, ^ qu'ails ne peuvent être par eanr 
séqtient Vœuvre du ministre Laubat mort depuis 
longtemps. » 

La lecture des Mémoires ne peut que eor^irmer 
cette eonelusUm. La distance n^ est pas grande de 
Be^modr-sur-Mer au ParCy résidence favorite 
de Catherine de Parthenay^ mariée en secondes 
noces à René de Rohan. Cette distance Viête 
dut la franchir souvent pour visiter son ancienne 
élève, à hquelle Punissait une amitié cimentée 
par de communes épreuves, Catherine excellait 
dans les langues anciennes; mais elle avait un 
goût très-marqué pour V histoire, faisait colleC" 
tion de pièces historiques, et aimait à encou- 
rager ceux qui s^ occupaient de ces belles études. 
Témoin ce fragment d'*une lettre écrite par elle 
à Jean Besly, avocat du roi à Fontenay, auquel 
nous devons une histoire des comtes du Poitou 
et ducs de Guienne : 

« Monsieur, fay appris par M. DauMgny ^ 

* ti'hypothèse d'une interpolation ne paraît pas sou- 
tenable, et ne ferait que compliquer inutilement la 
question. 

* Le célèbre Agrippa d'Aubigné dont on peut lire 
la correspondance avec Catherine de Parthenay dans le 
tome I«' des Œuvres complétée du grand écrivain, dues 



^^^^^ 


^H » que vous estiez en inteneion d'éaire une hùs- 


^H » Mre des faits accomplis èsprojiinces dePoic- 


^^1 T> tm depuis PkilippesAugustejiLsques au temps 


^H B des troubles du siècle dernier, que ne voukz 


^H » aborder de crainte de ne garder l'impariia- 


^H » Hté requise entre tous et chaseun de ceux qui 


^F î> s'y sont engagés. Je m saurois trop louer 


^1 ~ x> ceate résolution, et s'il vous plaisait d'awir 


^ft » recours aux papiers et mémoires de rwstre 


^H D maison , quHl vous souvienne qus vous serez 


^H B bienvenu en les venant compulser à vostre 


^H » moment et sans vous destoumer de vos af- 


^H ^ /aires. 


^H s Vous y trouverez ample sujet. Suit quant 


^H « aux temps anciens, soit quant aux trouhUs 


^H » eameus depuis cinquante ans. La matière vous 


^^M s portera peut estre à continuer jusque» à nos 


^H AJOUTS, ce que je soujiaitte, un esprit comme le 


^^1 f vostre ne pouvant que produire œuvre proji- 


^H » table à la vérité et à la gloire de Dieu '. n 


^^M aox soins de MM. Eug. Itcttume et François de CauBeade. 


^M ( Collection Lemcire. ) 


^^B ' Lettre sans date (1610), original autographe dans 


^H U collection de M. Gnrrau de Balxuii, reproduit dann 




^^V leiiaij'Vciuléc, -p. 2'J5. ^^^^^^^^H 



— xin — 

Utxuteur du reTnarquahlefragment qu^on vient 
de lirCj la personne d^un cœur si Aautj et d^un 
esprit si rare^ qui fut la mère d^Anne de 
B4>han^ attachait une extrême importance aux 
recherches sur V histoire de sa maison^ dont 
elle reportait j non sans illusion peut-être^ la 
mystérieuse origine au berceau de la monarchie. 
Elle inspira ce goût à ses fils j partùndièrement 
à celui gui y comme capitaine et comme écrivain^ 
devait ajouter un nouveau lustre à V éclat de sa 
maison j d cet Henri de Rohan qui, confiné à 
Venise après la chute de la RocheUe et la paix 
d^AlaiSj et n^ attendant qu^une occasion de 
mettre sa glorieuse épée au service de son paysy 
dans les péripéties de la guerre de Trente anSj 
qu'il suivait avec une anxiété patriotique y écri- 
vait à sa mère : 

Padouey 24 décembre 1630. — <l Je seray 
i>fort ayse d* avoir les Mémmres que vous me 
» promettez de mon grand-père de Saubize. De 
y> tous mes prédécesseurs y sans faire tort aux 
j> autres y il n'y en a pas un à quifaymmse 
y> mieux ressembler. i> 

Padouey \2 février 1631. — a Mon frère 
D s^enmtye de ne rien faire aussy bien que moy. 



V Jene désespère point que mn^s ne nous noyons 
B encore imjow employés ejisemile. Il se voit 

» de plus grands miracles Voyez bien par- 

B ticuUèrement toui ce que voua avez de la vie 
B de mon grand-père, son aage, sa mort, et 
» quand il nasquit. Peut estre trouvera-t-il un 
» historien au pays qu'il aimoit tant '. » 

Le vœu d'Henri de Ro/ian ne s'est pas réa- 
lisé, et la vie d£ son illustre aïeul reste encore à 
écrire, ainsi que la sienne '. La notice de Fian- 
çais Viète supplée du jnoiTis au silence de Bran- 
tôme, et fournit à l'historien de précieuses in- 
dications. C'est un récit grave, sobre, animé, 
qui rappelle, à plus d'un égard, les Vies de 
Plutarque. On y remarquera de curieux dé- 
tails sur la Jeunesse de Soubise et de ses sceurs, 
gui Jurent l'ornement de la cour de Ferrare, 
et sur les divers commandements qu'il exerça en 
Italie sous Henri IL Écrivant sous la Ligue , 



' Lettres d'Henri de Itohaii à ea mère Catherine de 
Parthenay, communiquées par M. DugasC-Matifeux qui 
en poBSède les originaux. 

' Quand aurons-noun le troisième volume de la belle 
nuttnre de» Prince» de Condi, de M. le duc d'Aumale, 
ofi revivra le grand chef du protestantisme françaisï 



— XV — 

VauteuT a naturellement exagéré VwnJta^imsme 
de son héros et des GtdseSjàune époque où deux 
partis politiques et religieux commençaient à 
peine à se dessiner en France j et sa chrono- 
logie est assez confuse. Mais la partie la plus 
neuve des Mémoires est sans contredit celle qui 
se rapporte à la conjuration d^Amhoise et aux 
préliminaires des guerres de religion. Les en- 
tretiens de Soubise avec Catherine de Medids 
ouvrent un nouveau jour sur cette âme astucieuse 
et perverse j dont la franchise^ en ses rares 
accès j semble n^ avoir été qiCun piège de plus. 
Un texte significatif sur un projet d^ exterminer 
tion des chefs huguenots j conçu à Moulins et 
abandonné au mmnent de V exécution ^ prouve 
que la pensée du crime hantait depuis longtemps 
la cour^ et fournit un argum.ent important ^ si ce 
rCest décisifs à la thèse de la préméditation de 
la Saint-Barthélemg. 

Aux Mémoires de la vie du sieur de Soubise 
réimprimés (Taprès le double texte de Paris et 
de Montaigu^ on a cru devoir joindre un cer' 
tain nombre de lettres inédites dispersées en di- 
vers recueils y qui en sont comme les pièces justi- 
ficatives. Celles adressées de Lym à Catherine 



— m — 

(ie Médias sont particulièrement remarquâmes y 
et tout à fait dans le ton des Mémoires, Toi 
sous les yeux y en écrivant ces lignes j un jeton 
aux armes de SoubisCj sur lequel sont groùés 
ces mats : Et non pœnitkbit ! C^est la devise 
d^une belle vie \ 

Jules BONNET. 

' Ce jeton a été reproduit dans les Études numis- 
maUqueê de M. Benjamin FiUon, auquel je dois un 
juste tribut de remercîments. 



MÉMOIRES 



DB LA 



VIE DE JEHAN LARCEVESQCE 



SIEUR DE SOUBIZE 



Le S" de Soubize estoit de la maison de 
Parthenay descendue de celle de Lusîgnan, 
de l'ancienneté et illustration de laquelle je 
vous ay par cy devant donné des mémoires, 
principallement des Boys qui en sont sortis, 
dont il y a eu quatorze qui suivamment ont 
esté Roys de l'isle de Chypre, portans le nom 
de Lusignan, cinq ou six desquels ont été roys 
de Jérusalem et de Chypre ensemble, plu- 
sieurs ont esté ducs de Luxambourg, et aul- 

1 



très ont eu de grandes alKances, comme voua 
avez peu voir par les susdits mémoires \ 

Ledit sieur de Soubize estoit nommé Jehan 
Larcevesque, combien que son nom ftist de 
Parthenay. Mais ses prédécesseurs Tavoient 
délaissé depuis cinq ou six cens ans par la con- 
dampnation du pape , pour ce que défaillant 
le nom de la dite^maison en un qui pour lors 
estoit arcevesque de Bourdeaux, qui venoit à 
la succession par la mort de deux de ses frères, 

* Voici le passage des mémoires auquel il est fait 
ici allusion : <3C De la race des Lusîgnan il y eut neuf 
Roys de Jérusalem dont le dernier fut Henry de Lusi- 
gnan surlequel les Sarrasins occupèrent le reste du pays 
par le moyen des divisions qui estoient entre eux. 

« Pour les Roys de Cjrpre il y en a eu dix-sept sortis 
d*eux, dont le dernier mourut Tan 1474, et les Vénitiens 
s^emparèrent du d. royaume par le moyen de Cathe- 
rine Gomare sa mère qui estoit de leur ville. Ainsi il 
n'y a jamais eu au Royaume de Cypre autres Roys que 
de la maison de Lusignan. 

« Tous les susdits Roys de Cypre portoient les armes 
de Lusignan avec le lion de Cypre dessus ; les armes 
des ducs de Luxembourg estoient toutes semblables, i» 

{De la Généalogie de la Tnaison de Ltisignan, mé- 
moire autographe de Fr. Viète avec des anno- 
tations de Catherine de Parthenay. Collection 
de M. Benjamin Fillon). 



— 3 — 

il Iny fat pennîs (ayant esgard à Tantiqnité 
de la maison) de se marier, à la charge que 
les fils qni descendrçient de Iny porteroient 
le nom de FAroeyesque, et que le nom de 
Parthenay demenreroit anx filles \ Le pare 
dudit S' de Soubize avoit nom Jehan Laroe- 
vesque comme Ini, lequel espousa dame Mi- 
chelle de Saubonne qui estoit à la Boyne Anne 
de laquelle elle estoit autant &yorizée que 
jamais servante fut de maistresse , ce que la 
Boyne luy continua toute sa vie, de sorte 
qu'elle se gouvemoit par son conseil en ses 

' c Hagaes de Lnsignan fat archevesqae de Bor- 
deaux. Guy et Simon (ses frères) s'en allèrent en Cypre 
où ils moururent sans enfans, tellement que Hugues 
demeurant seul obtînt par la faveur du Roy Loys 8™* 
dispense de se marier, et pource que la chose estoit 
difScille le Pappe ne Faccorda qu'avecques ceste con- 
dition qu'il imposa comme une peine, assavoir que de 
tous ses successeurs les masles porteroient le surnom 
de Archevesque et mettroient une mitre épiscopale sur 
leurs armes au lieu d'une couronne, et les filles porte- 
roient le nom de son partage qui estoit Parthenay, ce 
qui a tousjours esté observé ; et ainsy ils perdirent le 
nom de Lusignan et en retinrent les armes. :» Ces der- 
niers mots ont été ajoutés de la main de Catherine de 
Parthenay. (Mémoire de Viète déjà cité.) 



— 4 — 

plus importantes affaires, la congnoissant de 
bon entendement, non seollement en ce qui 
apartient an faict ordinaire des femmes , mais 
mesmes en affaires d'estat, en quoy elle ne 
cédoit à nulle femme ni à gnères d'hommes de 
son temps. 

Elle eut de son mary trois filles, l'aisnée 
desquelles fat mariée au S'^ de Pons de Xain- 
tonge qui est encores vivant. La seconde bien 
que recherchée de plusieurs grands et avanta- 
geux partis, ne se voulut jamais marier. La 
troisième espousa le sieur de Surgëres. Après 
avoir eu les trois susdites filles, ladite dame 
de Soubize devint grosse de son quatrième en- 
fant, et peu après son mary mourut, dont elle 
sceut la nouvelle le propre jour qu'elle avoyt 
senti bouger son enfant, et comme elle estoit 
6n ceste affliction, elle dit qu'elle estoit grosse 
d'un fils, ce que la Boyne et le Roy mesmes, 
ensemble tous ses amys de la court taschoient 
à luy oster de la fantasie, craignant qu'elle 
ne se faschast si elle se trouvoit décene. Mais 
elle dist tousjours qu'on ne craignist point cela 
pour ce quelle estoit asseurée, puisque Dieu 
luy avoit envoyé si grande affliction, qu'il lui 



5 



donneroit ceste consolation , et qu'elle avoit 
ceste foy que qnand bien c'eost esté nne fille , 
que Dieu l'eust transmeuée en un fils. 

Au bout de son terme, qui fat l'an mil cinq 
cens treize, elle accoucha, suivant sa persui^ 
sion, d'un fils, qu'eUe fit nommer Jehan du 
nom de son père, et qui tat le sieur de Soubize, 
duquel nous délibérons parler. 

Quelque temps après la Boyne vint à mou- 
rir ^, laquelle à sa mort luy recommanda Ma- 
dame Benée sa fille, qui depuis a esté duchesse 
de Ferrare, luy usant de ces mots : Madame de 
Soubize, je vous donne ma fille Benée, et n'en- 
tends point seulement que vous luy serviez de 
gouvernante, mais je la vous donne, et veux 
que vous luy soiez comme mère, remectant en 
elle l'amitié que vous m'avez portée. 

Après la mort de la Boyne, la dite dame 
mémorative des commandemens de sa mais- 
tresse, quelle aymoit encores morte, comme 
elle avoit faict vivante, demeura auprès de 
Madame Benée, qui n'avoit lors que quatre ou 

* Dans les premiers jours de janvier 1514. Voir La 
Sanssaye, Histoire du château de Bhis, 3« édition, 
in-12, p. 173. 

1» 



cinq ans, ee foi-malisant en tont ce qui des- 
pendoit de Bon service, anitant qne peut faire 
nue personne liien affectionnée à l'endroit de 
celle qu'elle affectionne. Cela fit qn'eUe ne de- 
meara gnères qn'elle ne fnst mal voulue, car 
(comnie c'est cIioBe ordinaire aux change- 
mena de règnes) Madame la régente qui 
avoit lors la principale aatliorité ' , commença 
à entreprendre contre Madame Renée et contre 
tous ceulx qni avoyent est^ aymez de la feue 
Boyne, tellement qn'elle voolust luy faire 
peixlre sou rang, et faire aller devant elle sa 
fille qui eapousa en premières nopces le dnc 
d'Alençon, et depuis le Roy Hemy de !Navarre ; 
à quoy et plusieurs anltres choses qu'on faiaoit 
contre elle, la dame de Soubize s'oppoaoit 
fort et ferme, de sorte que Madame la régente 
et cenlx de sa faction ne cessèrent Jamais qu'ils 
ne l'eussent chassée de la court ^. 

' Louise de Savoie, mère de François I", ne fat ré- 
gente que dix ans plus tard, après le désastre de Pavie. 
Maie elle exerça de tout temps enr sou Eh une inflnenae 
souvent funeste aux intérêts de l'État. 

* Madame de Soubise sut se retirer ayec dignité, 
comme le témoignent les lignes suivantes d'une lettre 
HU roi, datée. d'Âmboiiio, 2 juillet 1515 : a Je déaii^ 



— 7 — 

Elle donc s'en vint en ta maison du Parc * , 
prenant peine à bien faire instruire ses en- 
fants^ et fit estndier son fils anx lettres (chose 
fort taie de ce temps là) de sorte qu'il estoit 
tenn ponr nn des pins sca^ans hommes de sa 
robe qtd fnst en France* Ses trois filles, les- 
quelles eUe ne pensoit point fiiire estndier, s^y 
adonnèrent tellement, tant ponr l'amonr de leor 
frère arec leqnel elle se mirent à apprendre^ 
qne ponr nne certaine inclination qn'ils y 
ay(»ent tons; qu'elles se rendirent des pins 
doctes femmes de leur temps, principaUe^ 
ment l'aisnée ', laquelle estoit tenue non seu- 
lement ponr la plus docte de France, mais 
mesmes de chrestienté, aux langues grecque 
et latine, et aoltres sciences humaines ; et qui 
plus est à estimer, dès ce temps la dite dame 
de Soubize avoit congnoissance de la vraye 

plus demourer en vostre bonne grâce en ma maison 
qne d*estre ici à vostre desplaisir. i> Bibliothèque de 
Nantes. Copie communiquée par M. Prevel. 

' Le Parc-Soubise, commune de Mouchamp (Vendée). 
Ce n'est plus aujourd'hui qu'une ruine. 

^ Anne de Parthenay, dont le célèbre critique fer* 
parais Lilio Q-regorio Giraldi a fait le plus bel éloge 
dans le second livre de son Histoires des Poètes, 



religion et y instruisit ees enfants dès lenr 
petitesse. 

Âinsy la dite dame demeura à sa maison 
jnsqaes & ce que le mariage de Ma^lajne Benée 
fut accordé avec le duc de Ferrare ' ; car lora il 
ee trouva de certaineB affaires qu'elle seule en- 
t«ndoit, et à quoy on ne ponvoit donner ordre 
sans sçavoir quelques particnlaritez dont la 
Royne sa maistresse ne s'estoit fiée qu'en elle. 
Partant on fut contrainct de la mander, joinct 
que Madame Renée, qui assez mal volontiers 
eonsentoit à ce mariage, dit qu'elle ne partiroît 
point de France qu'on ne lui rendist madame 
de Sonbize, ce que pour la contenter on luy 
accorda. 

Ainsy elle revint à la court, au grand conten- 
tement d'une infinité d'amys qu'elle y avoit, 
et s'en alla avec madame Eenée à Ferrare, me- 
nant avec elle sa fille aisnée que le S' de Pons 
désiroit esponser, et pour cest effect l'alla trou- 
ver k Ferrare où les nopces furent célébrées \ 

' Le mariage de Benéo avec Hercule d'Eate, fik 
sînée d'Alphonse I'"', duc de Ferrare, fut célébré à Paris 
le 30 juin 152S. Les deux époux ne partirent panr 
l'Italie que le mois de septembre Huivant. 

' Eu janvii^r 1534. ' "" 



— 9 — 

Elle y mena aussy sa pins jenne fille, qtii de- 
puis estie reyenne en France, fat mariée an 
S' de Snrgëres, laissant sa seconde fille à la 
coort. Elle demenra à Ferrare nenf on dix ans, 
et fut antant aymée et honorée qne jamais 
dame françoise qni y fost, mesme dn dnc Al- 
phonse qn'on tenoit ponr le pins grand person- 
nage d'Italie, leqnel disoit n'avoir jamais parlé 
& nne si sage et habille femme, et ne venoyt 
foys à la chambre de Madame de Ferrare, qni 
estoit tons les jonrs, qn'il ne l'entretint denx 
et trois henres, disant qn'il ne parloit jamais 
à elle qn'il n'y apprist qnelqne chose ^ 

Pour revenir an S' de Sonbize, il fré- 
quenta fort en sa jeunesse le pays d'Italie, tant 
à l'occasion de sa mère et de ses sœurs, qui, 
comme j'ay dit, y demeurèrent longtemps, 
que pour une infinité de vertus et honneste- 
tez qui s'y peuvent apprendre, qui a faict que 
depuis il y a faict plusieurs voyages, et toute 
sa vie a aymé ce pays là sur tous aultres. 

* M"*« de Sonbîse quitta Ferrare le 20 mars 1536, 
après un séjour de moins de huit ans. Voir l'épître de 
Clément Marot dans ses Œuvres, édition de La Haye , 
1. 1, p. 538. 



— 10 — 
Toateafoia il fut contrainct de s'en absen- 
ter jH)iir Ttne telle occasion. Il n'avoit pas 
plus de dix sept on dix huict ans qu'il devint 
amoorenx d'une dame de laquelle nn marqma 
dndit pays l'estoit ansay, tellement qn'à tontes 
triomphes, mascarades, tournois ou anltres 
combats, ils faieoient touejours h. l'envy l'un 
de l'aoltre, de quoy le marquis se faschant, 
soit qn'il vist qu'il fiist plus favorisé de sa 
dame que Iny ou anltrement, un jour d'un 
tonmoia qu'on romp<3it des lances, luy vint 
demander s'il vouloit faire à bon escient, à 
qiioy le S' de Soubize ne fit refna, et estans 
tous denx sortis des lices, rompans leur bois 
l'un contre l'autre tons armez qu'ils estoient, 
celny du S' de Sonbise perça le marquis de 
part en part, qui soudain tomba mort; qni 
fit que ledit sieur, tont à cheval qn'il estoit, 
partit incontinent et retourna en France, car 
le marquis estoit de grande maison et ses par- 
rents en firent de grandes poursuittes '. 
Au retour de là il demeura à la court où. il 

' On ne trouve nulle mention de ce fait dans les 
anciens auteurs fetrarais. Est-ce Due raison sufEsaute 
de le mettre en douta? 




— 11 — 

fat fort bien yonln et fayorizé des pins grands , 
et surtoat de Monsieur d'Orléans de qni il 
estoit des plus favoris \ Monsieur le Dauphin 
et 8(m firère, qui fut depuis le Boy Henry, Tai- 
mèrent et recerchèrent aussy fort, désirans 
chascun de l'attirer à soy. Mais il ne se voulut 
jamais départir de Monsieur d'Orléans à qui 
il s'estoit du tout donné. Toutesfois comme 
celuy qui n'estoit pas né pour vivre en repos 
et sans traverses, il fut contrainct s'absenter de 
la court à l'occasion d'un nommé Yaulay, de 
la cause de la des&veur duquel on se pourroit 
enquérir s'il y avoit quelques uns de ce temps 
là vivants. Seulement je sçay que ledit Yanlay 
estoit aussy fort favorit de Monsieur d'Orléans 
et grand amy du S' de Soubize, et que le Boy 
Francoys eut une telle cholëre contre luy, au 
grant regret de Monsieur d'Orléans, que le- 
dit sieur de Soubize, pour estre de ses amys, 
fut contraint de se retirer de la court, et de- 
meura caché en maisons de ses amys, et quel- 
quesfois venoit voir la dame de Soubize sa 
mère, de nuict seullement, en sa maison du 

* Charles, troisième fils de François I^; il mourut 
en 1545. 



— 12 — 
Parc où elle eatoit retonmée d'Italie. A la fin 
néantmoiBs, il fat rappelle à la conrt, et 
mesmee par après fut employé ponr le mariage 
de Klonsieur d'Orléans, aaqael l'Empereur 
vooloit doatier sa niepce, et le Roy désiroit 
qn'il pnst avoir sa fille avecques la duché de 
Milan ; et pour cest effet envoie le S' de Son- 
bize en Italie pour ceste négociation, laqnelle 
il avoit heureusement acheminée an grand 
contentement du Roy. Mais Monsieur d'Or- 
léans sur ces entrefaictes vint & monrir. 

Entre aoltres choses louables qui estoient 
en Iny, il avoit le naturel merveilleusement 
bon, et ayma touBJours et honnora fort la 
dame de Souhize, laquelle, comme elle estoit 
au liot de la mort, l'envoya quérir; car combien 
qu'elle n'eust qn'nne fiebvre lente dont cenlz 
qui estoient près d'elles ne faisoient cas, elle 
leur dit que la fiebvre qu'elle avoît n'estoit 
estimée dangereuse, mais telle qu'elle estoit 
elle la meneroit an tombeau ; partant fit faire 
sm- l'heure trois dépeschea : l'une pour man- 
der son fils, l'aultre pour envoyer quérir nn 
médecin, setillement diaoit-eUe, pour la sou- 
lager pendant qu'il plairoit à DU 



— 13 — 

fiist en ce inonde, anquel elle voyoit toutefois 
bien qu'elle ne pouvoit faire longue demeure. 
La troisiesme dépesche qu'elle fit, fut pour 
avoir un médecin de l'&me, et pourtant manda 
Jehan de l'Espine, qui est aujourd'huy un 
des plus excellents ministres que nous ayons, 
et qui dealers ( combien qu'il fust encores de 
Tordre des Augustins), preschoit la vérité, 
comme ont fait depuis plusieurs grands per- 
sonnages qui n'eussent osé enseigner, sinon 
an travers de la fenêtre de drap (?) ; et com- 
bien que du temps de la dite dame telles gens 
fussent bien rares, si est-ce qu'elle en a tous- 
jours eu et les a &it prescber en ses terres ; 
tellement que depuis ce temps la paroUe de 
Dieu a tousjours continué d'y estre enseignée 
purement par des moynes qui (comme dit 
est), avoient congnoissance de la religion, et 
jusques à ce que, par les édits du roy, les mi- 
nistres ont pu y prescher à descouvert. Quand 
donc le dit de TEspine fut venu, elle voulut 
faire la cène avec ceulx de sa maison , et comme 
il luy fit demander avant que faire le presche 
si elle vouloit qu'il chantast la messe, elle 
n'y fit point de response, et comme une de ses 



femmes qui pensoit qu'elle ne l'eiist point ouy 
le luy redemandast encore, elle luy dit en 
cholère : Non, non, c'est trop longtemps dis- 
Bimuler ce que noue avons dans le cœur. Ainsy, 
le preache fait, elle communiqua à la cène 
Bonbz les deux espèces, comme nous faisons 
aujourd'huy, laquelle cognoissance peu de gens 
avoient lors, car elle mourut dès l'an 1549. 

Quand le S' de Soubise, qui soudain avoit 
pris la poste, fut venu, elle luy voulut com- 
mencer à déclarer les dernières choses qu'elle 
s'estoit jnsques alors réservée à luy dire. Mais 
cognoissant qu'il pleuroit, elle se comrouça 
contre luy luy disant : Ostez-vous d'icy, voua 
estes indigne de voua trouver en tels actes, 
Le lendemain il la revint trouver, s'estant 
le plus qn'il avoit pu résolu de se commanderi 
ce qu'il fit avec telle peine que depuis ÎI & 
advoné qu'il avoit ouydé crever. Elle alow 
luy dict sa dernière volonté et luy fit plusieurs 
remonetrances, parlant à luy de sa mort aussi 
paisiblement et résolument que si elle lui euat 
dict à dieu pour faire un petit voyage pour 
s'aller recréer. Pour la fin elle lui dist : Je 
vous ai dict beaucou]) de choses que 



— 15 — 

TOUS ne gonstez pas à présent comme yoos 
ferez qnelqiie jour. Mais quand je seraj esva- 
nouye de devant vos yeux, il vous souviendra 
mienx de tout ce que je vous ay dit, et Tez- 
périence le vons fera trouver véritable. Et de 
fidt, toute sa vie il a tellement estimé ce qu'il 
avait ouy d^elle, qu'il l'a observé autant et 
plus soigneusement depuis sa mort que durant 
qu'elle estoit vivante. Il porta un merveilleux 
regret de son décès, et d'abondant eut tout à 
un coup l'ennuy de la perte de Madame de 
Pons, sa sœur, qui estoit morte à Paris d'un 
cancer, cinq jours avant sa mère, tellement 
qu'elles ne sceurent point la mort l'une de 
l'autre *. 

Pour le regard de la profession que fit le 
dit B' de Soubize des armes, dès qu'il com- 
mença à les pouvoir porter, il suivit les guer- 
res , ce qu'il a continué toute sa vie. La pre- 
mière où il se trouva fut celle durant laquelle 

* Anne de Pons avait quitté Ferrare avec son mari, 
victime d'une disgrâce de cour, en 1545. Ce dernier 
lui survécut longtemps, et épousa, en secondes noces, 
Marie de Montchenu, que Théodore de Bèze appelle 
d Tune des plus diffamées demoiselles de France j>. 



— 16 — 

les Français eurent da pire i une rencontre 
où Hons' de Sanssac tat pris comme ils 
Yooloient ayitailler Teronane \ Cela fat long^ 
temps aTant la mort de la dame de Sonbize 
et devant toot ce qui a esté dit cy dessus de 
la des&venr du & de Sonbise, car il estoit 
encores en sa première jeunesse. Se tronrant 
donc à la snsdicte r^icontre, il fiit pris pri- 
8<Hmier, et pour sauver sa rançon et soriû^ 
avec moins de difficulté, il ne voulut pas dé- 
clarer qui il estoit et fit accroire qu'il se nom- 
mait Amblemllej qui fut le premier nom qui 
lui vint en la bouche et lequel il cognoissoit 
si peu que tout soudain il l'oublia et fut plus 
de deux heures sans s'en pouvoir ressouvenir, 
durant lequel temps personne ne le \jxj re- 
demanda. Fartant il ne fut point découvert 
Néantmoins ceux qui le tenoient avoient tous- 
jours oppinion qu'il estoit autre qu'il ne se 
feignoit, ne luy trouvant pas Fapparence d'un 
homme de petite qualité, combien qu'il chan- 
geast sa grâce accoustumée le plus qu'il pou- 
Yoit, et Iny demandoient fort comment il avoit 

' Ceci se rapporte à la campagne contre lea impé- 
riaux que termina la trêve de Nice (1538). 



— 17 — 

nn harnoys et des armes tant dorées et une 
casaque si riche; à quoy il respondoit que c'es- 
toit un présent que luy avoit fait un escuyer 
du roy peu de jours auparavant le mettant 
hors de page. Ainsy avec telles des&ites il les 
abusoit le mieux qu'il pouvoit. Toutesfois ils 
persîstoient tousjours en ce soupçon que c'estoit 
quelque jeune homme de bonne part, yeu son 
port et sa feiçon, de sorte que cela luy retarda 
beaucoup sa délivrance, et fut un an prison- 
nier au chasteau de Tlsle en Flandre, où il fut 
au commencement assez maltraité; toutesfois 
par après, par le moyen de la femme de celuy 
qui le tenoit et de sa fille, qui en estoit fort 
amoureuse, à cause que lors il estoit fort beau, 
il reçut d'elles plusieurs courtoisies et eut 
meilleur traitement, et enfin, n'ayant pu estre 
descoùvert, en sortît pour mille escus. Bientost 
après , cette mesme dame et sa fille vindrent 
à la court, avec la royne de Hongrie ^, où elles 
le recogneurent et furent bien estonnées voyans 
quel il estoit, qui ne fiit pas sans passer le 
temps de la tromperie qu'il leur avoit donnée. 

* L'infante Marie , sœur de Charles-Quint, et gou- 
vernante des Pays-Bas. 

2 



3 il a tousjours continua à Be trouver 
à toutes les guerres de son temps, esquelles 
il a fait tel debvoîr qu'il a acquis la réputation 
d'an des plus sages et experts cappitaiues de 
France, ce que voyant ses ennemys ont, tant 
qu'ils ont peu, tasché de le reculer et d'em- 
pescher qu'il n'obtint des charges honorables 
pour luy oster le moyen de monstrer sa val- 
leur; mais lay a tousjours tellement combattu 
contre le malheur, qu'il a tiré honneur de 
ce qu'ils faisoient, luy pensant pourchasser 
blaeme, car tant plus ils taschoient de luy 
donner les charges hazardeuses, tant plus 
( Dieu luy faisant la grâce de les exécuter heu- 
reusement) il en rapportoitde louange. 

Or estoient ses ennemys tous ceulx de la 
maison de Guise, lesquels le hayoient d'autant 
plus fort qu'ils avoient tant qu'ils avoient peu 
tasché de l'attirer à eux et de luy faire quic- 
ter le party de ceux de Montmorency , ce qu'il 
u'avoit jamais voulu faire, tant pour la raes- 
chanceté qu'il congnoissoit notoirement en 
cenlx de Guise, lesquels il croyoit dès lors de- 
voir estre un jour la ruine du Royaulme , que 
pour l'amitié qu'il portoit aux autres, et par- 



— 19 — 

ticalièrement à Messienrs de Chastillon, des* 
quels il fat tousjours inthimé amy, tellement 
que tous trois le tenoient comme pour leur 
quatriesme frère, nommément Monsieur T Ad- 
mirai, qui a dit beaucoup de foys que luy es- 
tant mort, il ne luy estoit plus resté un tel 
amy, et que V amitié qui estait entre eux tC estait 
point seulement d*amye mode de frères. 

Ainsy donc ceulx de Gnise voyant qu'ils 
ne Tavoyent sceu attirer à eux, Peu hayrent 
plus fort, et le craignoient d'autant plus 
qu'ils congnoissoient sa valeur, tellement que 
(comme dit çst) ils taschèrent tousjours de 
luy faire donner les charges où il y ayoit moins 
d'honneur et plus de hasard. Mesmes Mon- 
sieur le cardinal de Chastrllon, à l'heure que 
Monsieur le Connétable estoit prisonnier ^, 
voyant combien ceulx de Guise recherchoient 
le sieur de Soubize , et comme le refus qu'il 
£ftisoit de prendre leur party l'empeschoit 
d'estre advancé, luy conseilla de ne les refu- 
ser pas, comme il faisoit, luy remonstrant le 
moyen qu'ils auroient de l'advancer et le peu 

• 

* Après la bataille de Saint-Quentin (1557-1558). 



— 20 — 

qa'eiiaT(M£iitpoiirl<H8 oenlxdeHontmorencyy 
auxquels il pooRoît d*ad¥uitaige servir en se 
dismnnlant, éL soÎTant pour qaelqne temps 
le pttrty des dits de Ghdse; i qpay le sieur de 
Soobixe, lespondit : Comment, Monsieur , me 
vonldriesToos bien oonsdUer cela? Je le vons 
dis, respondit le dit sieor Oardinal, voyant le 
poDi de mœen qne nous avons poorceste heure 
de £ure pour toos, éL qu'estant advanoé par 
eoix^ comme tous ne taideries gnères, vons 
anries plos de moien de fidre service à Mens' 
le connestaUe. Je ne sçanrais avoir le cœnr, 
lespondit le sieur de Sonbize, d^ m'obliger à 
gens qne je congnois notoir^nent meschants, 
ni seulement de feindre de n'aymer point mes 
amis ; chose qu'il a souvent dicte à la Boyne 
et à Madame de Mon^[>ensier, quand elles luy 
conseilloient de ne rejeter pas tant la fitveur 
qu'ils monstroient luy vouloir porter avant 
que leur haine fust si descouverte en son en- 
drmt, et disoit tousjours que son naturel estoit 
si esloigné de cela qu'il luy seroit impossible 
de s'obliger à personne qu'il n'aimoit ni n'es- 
timoit. 

Un de ses plus grands amis aussy fut le 



— 21 — 

maréclial Strozzy \ qui semblablement estoit 
fort contraire à la &ction de ceolx de Qnise , 
de sorte que Imy et le dit sieur de Soubize 
estans au siège de Calais , de la prise duquel 
ils furent tous deux par leur labeur et diligence 
la principale cause , comme ils logeassent 
tousjours ensemble et couchassent en mesme 
chambre, passants une grande partie des nuits 
à discourir tous deux, le maréchal Strozzy 
luy disoit souvent : Sommes-nous pas bien 
misérables de nous bazarder tous les jours et 
prendre tant de peine , pour aggrandir et faire 
cueillir l'honneur de nostre labeur à celui qui 
nous voudroit avoir ruynez, et qui sera un jour 
cause de la ruyne de la France ? disant cela du 
S' de Guise qui commandoit au dit siège. Il 
est vray, respondit le S' de Soubize, mais 
puisque nostre honneur, nostre debyoir, et 
le service de nostre Roy le nous commande, 
il le fault faire. 

* Pierre Strozzi, d'une ancienne famille de Florence 
alliée aux Médicis, servit avec éclat sous François I*' 
et Henri II, fut nommé maréchal de France en 1504, 
et périt glorieusement au biége de Thionville, le 
20 juin 1558. 



Il estoit anssy dans Metz quand il fat as- 
si^é'joù combien qu'il n'east point de charge, 
comme aussy il n'euat pas recerché d'en avoir, 
vea qne le S' de Q-oise y commandoit, tonteafois 
il estoit tellement aymé et respecté de toute 
la jeunesse qui y estoit, entr'antres du duc 
Horace'', du S' Dampîeire, desquels il estoit in- 
timé amy, et d'une infinité de brave nobleseede 
ce temps là, qu'ils n'eussent pas vonllu iaire la 
moindre sortiesans son advis, Iny déférans tout 
ainay qu'ils eussent fait à leur chef. Mesme le 
S' de Guise qni ne faisoit en son endroit que ce 
qu'il ne pouvoit honnestement laisser à faire, 
ne failloit jamais , si d'aventure il ne s'estoit 
peu trouver au Conseil, de luy descouvrir tout 
ce qui s'y estoit passé, et s'il estoit d'antre 
opinion que ce qui s'y estoit résolu, il changeoit 
la plupart du temps pour se gouverner selon 
la sienne. 

' D'octobre 1652 à jauvicr 1S53. Au mois de eeii- 
tembro précédent, Boubiae avait été envoyé k Nancy 
pour sonder le comte de Vandemont et lui offrir lea 
moyeuH de défendre cette ville contre les impériaus. Voir 
Bon raiiport au roi. (Fonds français, vol. 20577, fol. 170.) 

' Horace FiirnèHe, due de Caetro, qui avait épooat 
Diune, lille natmcUc de Henri II. 



— 23 — 

Au retour de Mets, il eqMNna dame An- 
thoinette d'Aubeterre^ qui ertoitunedetfilleB 
de la Boyne mère du Jtoj, laquelle il ayiiioît 
longtemps auparayant, et «faut que penser 
& Tespouser, luj aTOÎt donné oongomaanoe 
de la vra je religion , comme celle qu^il aîmoît 
lors ecMume aa eœur, et stcc laquelle il s de- 
puis tcscu jusques i sa mort en la plus grande 
et parÊdcte amitié qui penh estie entre maij 
et fi»nme. Incontinent FaToir espoosee, elle 
eut un fils qui ne Tesqnit que cinq semaines, 
et bientost a{«ès une fille \ 

Après ^'il eust espousé la dicte dame, jl 
partit pour aller aux guerres de Picardie, le 
voyage que Hesdin et Tefouanne furent pris', 
et j fut tout cest esté li. L'été suivant il re- 
tourna au camp, enc<Mres en Picardie, qui fiit 
lorsque Dînain fut pris, lé où il enyda perdre 
la vie ; car estant allé i Tassant avec Monsieur 
de Chastillon, qui estoit lors colonel des gens 

* Le mariage eut lieu le 9 mai 1553. Soubise était 
alors âgé de quarante ang. 

' Catherine de Parthenay. 

' Grâce à Tincnrie de la cour, Terouanne succomba 
le 20 juin 1553, après une résistance héroïque, et fut 
entièrement détruit. Le château d^Hesdin eut même sort.. 



— 24 — 
de pied, comme aioey fut qne la brosche fust 

si droicte qu'après la ville prinee, les Fran- 
çois voulans essayer d'y monter avec l'escar- 
pin, ne le pouvoîent sans glisser et tomber, le 
dit S'' de Sonbize estant environ au milieu du 
chemin, fut attainct d'un coup de pierre sur 
la teste qui le fit tomber le visage en bas, de 
sorte que ne se pouvant relever, tant pour le 
faix des armes que pour la diifieuité du lieu, 
il avoit tant perdu l'haleine qu'il estoit prêt à 
Bstouffer, sans ung gentilhomme qu'il ne con- 
gnoiasoit point , et que depuis il n'a sceu veoir 
ny sçavoir qui il estoit, qui le voyant en cet 
estât, luy vint à grand haate couper les cour- 
royes qni tenoient son habillement de teste, 
et le luy oata, de sorte qu'il acheva de monter 
sur la bresche, la teste nue, dont il revint 
toutesfois sans estre blessé; et eut toute sa vie 
extrême regret de n'avoir scen congnoistre le 
gentilhomme qui luy avoit faict ce bon office, 
duquel il s'enquist le pins qu'il put. Ce fdt en 
ce lieu où fut tué un gentilhomme nomma 
monsieur de la Roue, fort estimé, qui estoit 
aussy allé à l'assaut avec ledit S' de Soubize. 
An retour do là il revint à la Court l 



— 25 — 

868 ennemys , snyvant lenr ooostome qni es- 
toit de luy moyenner toasjours quelque charge 
rnîneuBe, firent qu'il fust depescbé vers le Duc 
de Parme ^^ lequel on tenoit pour estre du tout 
résolu de qnîcter le parfy du Boy, par le moîen 
de sa femme qui estoit bastarde de TEmpereui^ 
et estoient déjà les choses en tel estât qu'on 
n'espéroit point qu'il y eust moien de l'en 
empescher ny de rien négocier avecques luy 
pour le service du Boy, qui fut cause (comme 
dit est) que ceulx de Guise trouvèrent ceste 
charge propre pour le S' de Soubize, lequel à 
ceste occasion supplia fort le Boy de l'en vou- 
loir exempter, luy remonstrant qu'il neluypou- 
voit ftire en cest endroit aucun service. Mais le 
Boy persista tousjours à ce qu'il y allast et luy 
dit enfin : Je sçay bien qu'il n'y a point d'ap- 
parence d'en venir à bout, et quand vous ne 
le ferez pas, je ne vous en donneray aucun 
blasme, car ce ne sera que ce que j'attens; 
mais bien sçay-je que si homme le peult faire, 

* Octave Parnèse, fils de ce Pierre Louis qui fut 
assassiné à Plaisance en 1647, et petit -fils du pape 
Paul III. Par son mariage avec Marguerite d'Autriche, 
il était devenu gendre de Charles-Quint. 



— 26 — 
ce sera voas , et ei d'aventure vous en veniez 
à bout , vous me feriez an fort singtdier ser- 
vice. Partant je désire qne vous l'entrepreniez, 
Bçachant que s'il se peut faire, voua le ferez, 
eta'iIne8epeat&ire,c'eBtà qaoyje sniatout 
réBola. 

Suivant doncqaes la volonté du Roy, le 
S' de Sonbize partit, selon ie dessein de ses en- 
neniys, à quoy avoit aussy aidé le maréchal 
de Sainct-André , lequel avoit en son esprit 
d'acquérir Aubeterre, qui est une des bellee 
terres de France, comme celle qui a vallu 
telle année plus de cent mille francs, de la- 
quelle il espéroit s'accoramoder par le moien 
de la dame d' Aubeterre, tante de sa femme et 
belle-mère de la dame de Sonbize, et de ee 
servir de l'envie qu'avoient messieurs d' Au- 
beterre, frères de la dite dame de Soubize, de 
_Be retirer à Genève , à cause de la religion 
dont ils estoient desjà déclarez ', pour avoir 

' Voir, daiiH le recueil des Lettre» françaises de 
Cftivin, t, I, p. 387, la ciirienae lettre adreBsée, en 1553, 
à Du Bouchard, vicomte d'Aubeterre, a pour envoler à 
Bon père lequel eatoit contraire k la paroUe de Dieu s. 
Brantfime vit un d'Aubotoiro faiseur de boutons â Ge- 
nirvc, oii tout rûfugiÈ Était tenu d'avoir un me 



— 27 — 

lenr teire à non prix, si d'aventure le S' d' Au- 
beterre leur père, qui estoit encores en vie, 
venoit à mourir. Et pour ce qu'il ne craignoit 
que personne luj post tant nuire en oest en- 
droit qoe le dit & de Soobise, il désiroit l'es- 
loigner cependant qu'il £eroit ce trafic ; ce qui 
luy réussit, comme il avmt proposé; car neuf 
mois après le partement du dit sieur, le 
S' d'Aubeterre, son beau-père, mourut, qui 
fit penser qu'on lui avoit advancé ses jours, de 
fiEiçon que pendant son absence le dit maréchal 
n^ocîa ce fiBÛct, en sorte qu'il s'en est ensuivy 
de grandes ruynes en leur maison. 

Quant au S' de Soubize il alla à Parme, où 
il fut huit ou neuf mois \ durant lesquels il 
mania tellement le Duc de Parme qu'il de- 



* n y arriva vers la fin de décembre 1554. A cette 
mission de Soubise se rapportent diverses lettres au 
roi et au connétable de Montmorency, conservées à la 
Bibliothèque nationale, et que Ton reproduit à l'Ap- 
pendice. Ces lettres prouvent à la fois Fextrême dili- 
gence de Soubise, et l'impossibilité où il fut d'agir 
militairement, faute de moyens. Son but n'en fut pas 
moins atteint : Parme ne tomba pas au pouvoir des 
Espagnols, et le duc se vit condamné à une neutralité 
absolue. 



meura en l'amitié du Roy contre l'attente de 
tous et au grand contentement de Sa Ma'", 
de quoy ses ennemya estans merveilleuBement 
estonnez et marriB, et voyans qu'il estoit venu 
à bout de cest affaire, contre leur espérance, 
luy en procurèrent incontinent nn autre dont 
ils peuBoient qu'il deust encores moins sortir 
à son honneur, qui fut de le faire envoyer 
de là lieutenant pour le Roy à Montalcin, et 
de le faire succéder à la charge du maréchal 
Strozzy, lorsque le dit maréchal fut contraint 
de s'en revenir pour les grandes pertes qu'il 
y avait faites par faulte de secours et non de 
valeur '. Mais les mesmes ennemys du 8' de 
Soubize luy estoient fort peu favorables, telle- 
ment qu'à faulte d'avoir esté assisté il avoit 

' Les efforts réunis de Strozzi et de Moiitliic ne pa- 
rent sauver Sienne, qui capitula, le 21 avril 1555. Les 
exiléâ siennoia se retirèrent alûiH à Moutalcino, et sou- 
tinrent encore la lutte plus d'un an contre Cfime I", 
due do Toscane. ToujourB chargé des missions ingrates, 
Soubise fut appelé à diriger la résistance quand tout 
espoir de succèa était perdu. Montluc, désigné pour le 
remplacer en 1556, lui rendit ce témoignage : s J'ay 
trouvé M. de Soubifie, lequel m'a fort bien et deuement 
informé de tout, et nuxqnellea (aSaires) il a donné u 
lion ordre, que quand je m- f.< 




— 29 — 

perda nne bataille \ L'ennemy avoît gaîgné le 
Port Hercole, et antres places, de sorte qn*il 
fat contrainct de s'en revenir, ce qne voyants 
cenlx de Gnise, tronvèrent encore la charge de 
lay snccéder digne dn S' de Sonbize, fidsant 
estât assenré qu'il n'en ponrroit retourner sans 
perdre ou l'honneur ou la vie, ou tous les deux 
ensemble, ce que toutesfois il ne fit. Ains y 
alla et en revint avec tel honneur que ses enne- 
mys mesmes estoient contraincts de confesser 
qu'il ne se pouvoit mieux &ire, ce que le maré- 
chal Strozzy pubUoit partout, disant mesmes : 
n semble que je &ce contre moy en ce que je 
dis. Mais celuy qui sçauroit bien comme j'ay 
esté mal secouru, advoueroit qu'il n'y a point 
eu de ma faute en ce qui a esté perdu pendant 

qn^il a faict, j'anrois opinion qn^il n'en adviendroit 
point d'inconvénient, vous asseurant, Monseignear, qu'il 
s'est si bien porté que le magistrat est demeuré aussi 
satisfaict et content de luy que de ministre que le roy 
et vous y eussiez sceu envoyer. » (Commentaires et 
Lettres, t. IV, p. 60.) Cet éloge d'un grand homme de 
guerre peut consoler Soubise des critiques de M. de 
Ruble, le moderne éditeur de Montluc. 

* Celle de Lucignano (2 août 1554) qui permit au 
marquis de Marignan d'investir Sienne. 



qae je commandois en Italie, Tant y a qne 
ponr le peu de eecoura qu'on m'a donné, les 
affaires eatoient en tel estât que ei on n'y enst 
envoyé Monsieur de Sonbîze, qnand j'en snia 
party, tout estoit achevé de ruiner, et ne 
luy peut-on oster que l'honneur n'en appar- 
tienne à lay Beal. 

Quant à ce qu'il y fit, pendant qu'il y com- 
manda, et aux villes qu'il y reprit, vous en 
avez dcB mémoires et instractions bien am- 
ples '. Seulement vous diray-je que qaauil le 
Roy fit la paix par laquelle il rendoifc tout ce 
qu'il tenoit au dit pays ■*, il avoit un tel mal 
an cœur de veoir qu'il falloit rendre ce qu'avec 
tant de peines il avoit acquis et gardé, que 
cella lui eatoit presqnes insupportable, ne se 
pouvant à tout« heure garder de plaindre ces 
pouvres gens qu'il sçavoit estre bous Fran- 
çois qu'on remeftoit entre les mains de leurs 
ennemys. 

' Ces Mémoires rcktifs sus affaires de Toscane ne 
RCint sons dotite qne leR lettres mentioniiéee dans la note 
do la page 27. 

* Le traité de Cftteaii-Cambréfii8,8igné le 3 avril 1550, 
par lequel le roi s'engageait à évacuer toutes les plues 
du Piùmont et de !a Toscane. 



— 31 — 

Comme il retonrnoit de là , il trouva Mon- 
fiieur de Ghiise à Lion qui menoit une armée 
delà les monte \ par le commandement du roy, 
lequel luy fit une infinité de bonnes chères, et 
mesme luy dit qu'il le prîeroit volontiers d'aller 
avec luy, n'estoit qu'il avoit desjà donné 
les principales charges, tellement qu'il n'en 
avoit plus à donner de digne de luy; à quoy le 
S' de Soubize lui respondit, l'ayant remercié, 
qu'aussy bien falloit-il qu'il allast rendre 
compte de sa charge au Boy, ce qu'il fit, et 
estant arrivé à la cour, dist entr'autres choses 
à M. le Connétable qu'il avoit esté bien es- 
tonné, voyant qu'on envoyoit ceste armée en 
Italie et que c'est que le Boy pensoit faire ; car 
oultre la rupture de la tresve qui ne pouvoit 
apporter que mal (ne s'estant jamais bien 
ensuivy d'un violement de foy) on voyoit que 
ceulx de Guise ne tendoient qu'à leur parti- 
culier, et que cela mectroit la France en telle 
nécessité que ce seroit la ruyi\e du royaume, 
comme l'effect ensuivit. Car le peu de moyen 
à quoy les frais de ceste guerre réduisirent le 

* Pour rimpolîtique expédition de Naples, qui suivit 
la rupture de la trêve de Vaucelles (31 juillet 1556). 



— 32 — 

Roy fut cause de la prise de Saint-Quentin, et 
de la perte de la bataille et de la prise da dit 
S' Uonnétable, qui eembloit sentir des lors le 
mal qu'il lui en adviendrait, car il respondit au 
8' de Soubize que cella s'estoit fait contre sa 
volonté, et qu'il l'avoit bîenremonstré au Roy, 
mais que Madame de Valentinois l'avait em- 
porté sur luy, estant bien ayse de la trouver de 
mesme advia que luy, et le pria de le remonstrer 
encores au Roy et luy dire les mesmea choges 
qu'il luy avoient dictes, à quoi le S'' de Soubize 
luy respondit : Comment, Monsieur, quelle 
vertu pourroient avoir mes paroles après les 
voBtres?Non,luy dit Monsieur le Connétable : 
Je vous prie, faites-moy ce plaisir de le dire 
encores au Roy. Ce nonobstant l'advis du dit 
S' Oonnestable ne fut point suivy, comme l'on 
sçait. 

Four le r^ard de la charge que le dit 
S' de Soubize avoit eu en Italie, le Roy en fat 
ai content et le recogneut y avoir si bien faict 
qn'il délibéroit luy faire beaucoup d'honneur et 
d'avancement Mais luy qui estoit tousjours 
combattu de l'eu vie de ses malveiUaDs, le 
fut encores lors de Madame de Valentinoi 



— 33 — 

empescha la bonne volonté du Boy, bayant 
le dit S' de Sonbize tant à canse de la religion 
dont (bien qu'il n'en enst encores fidct pro- 
fession), cbascnn de tout temps sçavoit qu'il 
estoit, que pour ce qu'elle estoit encores bien 
ayecques oeulx de Guise, ce qu'elle ne fut 
pas tousjours. 

Peu après fut fidet le voyage de Calais, de 
la prise duquel, comme j'ay dit cy-dessus, ceulx 
qui sçavent comment les cboses passèrent, don- 
noient le principal bonneur à luy et au maré- 
chal Strozzy. Par après ^ fut le voyage de 
St-Quentin , auquel il estoit maréchal de camp, 
et à la bataille qui y fut perdue. H y fut pris 
et recouru trois ou quatre fois , selon que les 
François avoient du meilleur ou du pire. En- 
fin toutesfois il se sauva, et au partir de là 
comme tous les chefs cappitaines fussent fort 
espouvantez, la plus commune opinion estoit 
que le Roy Philippe viendroit assiéger Paris , 
et comme le Boy tenant Conseil dans le chas- 
teau du Louvre, demandast l'advis de ceulx 

* n y a ici une légère confusion : la bataille de 
Saînt-Qnentin, 10 août 1557, précéda de cinq mois la 
prise de Calais (3 janvier 1558). 

3 



— 34 — 
qui estoient aasemblez, il y avoit presse à se 
biire, de sorte qne le S' de Tavanoea , bien qne 
depuis il ayt esté grand cappltaine, et qne dès 
lors il fnst en réputation, ne fit ooltre rea- 
ponce au Roy que de se prendre à rire contre 
luy , ce que les autres trouvoyent fort estr&age, 
voyante qu'il o'estoit lors l'heure de plaisan- 
ter. Là dessus le cardinal de Lorraine, qui 
estoit tout debout derrière !a chaire dn Roy, 
{«naant bien que celuy qui parieroit le premier 
n'aoroit pas l'advantage et se ponrroit trou- 
ver estonné, dist malicieusement au S' de 
Boubize, afin de faire tomber ceete honte anr 
luy, que le Roy vouloit qu'il dist son advis; 
sur qiioy le S' de Sonbize qui, entre antres 
dons de nature, avoit cestny là, que plus on le 
vouloit estonner, plus il avoit de hardiesse, 
et que il sembloit eatre plus en son naturel au- 
près du Roy et des princes qu'auprès de ses 
inférieurs, suivant le commandement du Roy, 
dist son opinion, la concluaion de laquelle 
fut que l'ennemy ne viendroit point à Paris ; 
à qnoy le cardinal de Lorraine tout renfroi- 
gné luy respondit : Et qui l'en empescheva? 
Personne, dit le S' de Soubize, car le Roya 



, car le iutjai^^ 



— 35 — 

pas ses forces assemblées ; mais on Tempes- 
cheroit bien de s'en retonmer, car le Boy entre 
cy et là pourra faire amas de ses gens, de sorte 
que si le Duc de Savoie et le Duo d'Albe 
viennent) et qn'ils prennent Paris (comme 
je ne donbte point qu'il ne leur soit aisé) ils 
ne le sçanroient garder, ny retirer leurs soldats 
d'une telle ville, et le Boy les pourroit miner 
par lemoien des forces qu'il pourra assembler 
entre çy et là, tellement que s'ils sont cappi- 
taines, ils ne le feront point, considéré que ce 
seroit leur ruine. Et que feront-ils donc?res- 
pondit le cardinal de Lorraine. Us prendront 
quattre ou cinq bicoques, dit le S' de Soubize, 
conmie An (Ham), Catelay, et les autres, que 
de faict ils prirent, lesquelles il nomma, et 
puis se retireront sans rien hasarder, se con- 
tentans de la belle victoire qu'ils ont eue, 
comme l'effect s'ensuivit tout tel; de sorte 
qu'il sembloit à l'ouïr parler qu'il eust esté 
au conseil de l'ennemy, et qu'il eust entendu 
d'eux- mesmes leurs desseins; et là -dessus 
donna advis de se gouverner, supposant les 
choses comme a esté dict, lequel advis fut 
trouvé fort bon du Boy, et de tous ceulx du 



conseil qui l'approuvèrent tellement qu'il fut 
suivi. Et an partir de lÀ la Royne demandant 
au cardinal de Lorraine ce qui avoit esté ad- 
viaé, il Iny reepondit qu'il falloit confesser que 
l'honneur du conseil de ce jour eatoit deu au 
S"" de Soubize, et que pour parler à la vérité, il 
n'y avoit un seul de tous ceulx qui estoient au 
conseil qui du tout eust rien dit qui vaille que 
luy et le S' d'Urfé, qui estoit un gentilhomme 
de Bourgoigne, gouverneur du Roy Daulphin, 
à quoy Madame de Montpensier qui eatoit pré- 
sente, respondit : Je suis bien aise. Monsieur, 
de quoy vous voulez advouer la valeur d'un 
tel homme, parlant du dit S' de Soubize. Ha, 
ce diet le cardinal, quand il est question du 
service du Roy, je ne veulx point mentir. 

Peu après fut l'entreprise d'Amboise, la- 
quelle le S' de la Renaudie qui estoit de ses 
plus grands amis , luy avoit déclarée à Paris 
dès le mois de septembre, dont elle fut exécutée 
le mois de febvrier d'après '. Sur le point que 
l'exécution s'en devoit faire, il estoit à la 
Court là où on murmuroit fort qu'il devoit y 

' Ce £at lo 16 mar» 15C0 qu'eut lieu la ranlhoiirenfic 
tenlattve de Lu Reuaudie hur le château d'ÂmlioÎM 



— 37 — 

avoir qaelqae esmeate, et ceux de OuÛBe en 
estoîent fort en alarme. Mais on n'en pouroit 
rien sçavoir de certain, car Iny et les anltres 
qui la sçavoient la tenoient secrette, tellement 
qne la Boyne im jour allant à Ghenonceaa, Iny 
disoit : C'est grand cas ; nous avons tant d'ad- 
vertissemens. On dit qn'il y a tant de gens 
armez, et ne sçait-on à quelle occasion. A qnoy 
le S' de Sonbize Iny respondit seulement tout 
froidement : C'est quelque armée en l'air de 
quoy on vous parle, Madame. H n'y a per- 
sonne de ceulx dont on murmure qui voulust 
attenter à Vos Ma^, comme de faict c'estoit 
bien loing de leur intention. 

Peu de jours après il estoit délibéré de partir 
de la Court, et mesme un soir ayant prins congé 
du Koy et de la Eoyne, comme il prenoit 
congé de Monsieur de Guise, le dit S' de 
Guise commença à se vouloir excuser du 
soupçon qu'il avoit eu qu'on voulut faire quel- 
que entreprise, luy disant que de faict il avoit 
eu des advertissements d'aucuns qu'on disoit 
vouloir entreprendre quelque chose contre le 
service du Boy et contre ceulx de sa maison; 
mais qu'il voyoit bien qu'il n'en estoit rien , 



et que mesme il avoit bonté d'en avoir creu 
ce qu'il en avoit creu, à quoy le S' de Soubize 
luy respondit seulement en général : Mon- 
sieur, un grand cappitaine ne penlt estre 
blosmé de ne mespriBer point les advertisse- 
ments, et vault mieulx faillir en croyant trop 
qu'en laissant à croire, de laquelle response 
le S' de Guise monetra estre bien aize. 

Le lendemain le dit sieur estant prest à 
monter à cheval pour partir, fut mandé par le 
dit sieur de Guise , lequel lui diat qne le soir 
auparavant il pensoit que le murmure qu'on 
&isoit de ceste etitrepriie fust vain, mais qne 
la nuit il avoit esté pris des prisonniers qui 
avoieut advoué desjà beaucoup de choses, et 
qu'Q y en avoit un qui estoit de la ville de Sou- 
bize, qui estoit l'occasion pourquoy il l'avoit 
mandé, luy disant là-dessus qu'il ne falloit pas 
qu'il s'en allast, mais qu'il demeurast près du 
Roy, estant besoiug qu'il le Est ainsy pour le 
service de Sa Ma'^; ce qu'oyant le S' de Sou- 
bize ne fit semblant de rien, estant toutesfoie 
bien marry du mauvais succôs de l'entreprise, 
et cogneut bien qu'il seroit contraint de de- 
meurer, comme il fit. Au sortir du logis du 



— 39 — 

S' de Guise, il trouva Monsieur le cardinal de 
Chastillon qui alloit aussi prendre congé du 
Boy pour partir le mesme jour , à qui il conta 
ce qu'il avoit sceu du S' de Guise, et luy dist 
qu'il n'avoit que faire d'aller prendre congé, 
pour ce qu'il seroit retenu aussi bien que luy, 
à quoy le dit S' Cardinal luy dist qu'il estoit 
résolu de s^en aller, et que quelque presse qu'on 
luy fist au contraire, il ne demeureroit pas. 
Toutesfois il ftit retenu aussi bien que le 
S' de Soubize. 

Là-dessus on commença à descouvrir da- 
vantage de l'entreprise, et fut le S' de Sou- 
bize (qui estoit fort soupçonné d'en estre 
consentant) , grandement pressé d'enseigner 
le S' de la Benaudie, pour ce qu'on sçavoit 
qu'il estoit de ses grands amys, et pourtant 
croyoit-on qu'il sçavoit bien où il estoit; à 
quoy il fit tousjours responce qu'il ne le sçavoit 
point. Toutesfois on ne laissoit de l'en presser 
fort jusques à ce qu'enfin il dit à la Boyne : 
Madame, ne me fidctes point ce commande- 
ment, car je ne sçay où il est; mais quand je le 
sçaurois, j'aimerois mieux estre mort que de le 
dire. — Mais pourquoy , luy dist la Boyne ; vous 



— 40 — 
ne devez rien craindre pour luy, ( 
rien Élit contre le Roy, il ne aéra p 
à quoy le S' de Boubize luy respondit : Je 
sçay bien qu'on trouvera qu'il a faict contre 
le Roy, puiaqu'il a fait contre ceuls de Groise, 
car aujourd'bay en France c'est eatre criminel 
de lÈse majesté d'avoir faict contre eulx, d'au!- 
tant qu'en effect ce sont eulx qui sont Rois ; 
de Borte que jamais on ne eceut tirer autre 
chose de sa bouche. Ses amys neantmoins 
estoient marrie de quoy il parloit si librement. 
Et mesmea Monsieur l'Admirai luy disoit 
qu'il se debvoit contenter de ne faire point ce 
dont on le requeroit, aana parler ai ouverte- 
ment; et qu'il n'avoit que fairede se rendre plus 
odieux, veu qu'il l'estoit desjà aasez à cenlx de 
Guise. Mais le S' de Soubize, lui dist qu'il ne 
vouloit pas seulement qu'on pensast qu'il fust 
si laache que de trahir son amy quand il le 
pourroit faire, de quoy Madame de Montpen- 
sier luy dist qu'elle luy sçavoit bon gré, et 
que c'estoit fait en homme franc et tel qu'il 
estoit. Toutesfois on le jireaeoit touBJours de 
plus fort d'enseigner ledict la Iteuaudie, qui fît 
qu'enfin il respondit à la Royne : Mat 



— 41 — 

Monsieur de Guise est cappitaine, et sçait 
en qnoy gist l'honneur d'nn gentilhommei et 
davantage est celny qui se sent le plus inté- 
ressé en ceste entreprise et qui est pins en- 
nemy de cenlx qui Pont fiuicte. S'il venlt 
prendre sur son honneur que je puis avecques 
le mien fidre ce qu'on me demande, je m'offire 
d'aller quérir Mons' de la Benaudie, et de fidre 
ce qui sera en moy pour le vous rendre entre 
les miains. Ce que Mons' de Guise ne voulut 
pas prendre sur son honneur. 

n est vray que, dès avant l'exécution de l'en- 
treprise, il avoit adverti le S' de la Benaudie 
de ne le croire point, quoy qu'il luy peust 
mander, ny quoy qu'il vist escript de sa main, 
pourceque peut-estre on le pourroit contraindre 
par force d'escripre quelque chose contre sa 
volonté. Nonobstant tout ce que dessus, le 
S' de la Benaudie fut tué de la fisiçon que 
chacun sçait, dont le dit S' de Soubize porta 
un merveilleux regret, et fut pris un des gens 
dudit S' de la Benaudie nommé La Bigne, qui 
estoit chargé de mémoires et instructions *. 

* Sur les interrogatoires de La Bigne, voir le président 
de La Place : Commentaires de V Estât de la religion 



— -12 — 
Quand le dit La Bîgne fat mené devant le Roy, 
le S' de Sonbize estoit présent qui craignit 
bien lors eatre deaconvert, car il Bçavoit qne 
le dit sîear de la Itenandie se fioit du tout en 
cest homme là, auquel pour ceste raison on 
fit voir plasîeurs fois le S' de Sonbize, fai- 
sant cacher le dit La Bigne derrière la ta- 
pisserie, quand il estoit en une salle ou en une 
chambre, pour veoir s'il le nommeroit point. 
Mois jamais il n'advoua qu'il fust de l'entre- 
prise, à cause que ledit la Heuaudie aimoit 
tant le S' de Soabize que de peur de le mettre 
en peine, il n'avoitjamais confessé à personne 
Iny avoir déclaré la dicte entreprise. Mais au 
contraire, afin que tous peussent témoigner 
qu'il nelasçavoit point, quand quelqu'un de ses 
amys lui conseilloit de s'en descouvrir à Iny, 
il luy respoudoit qu'il u'avoit garde de ce &iie 



et T^blique, p. 43, et Régnier de La Pkncbe : Sialoirt 
de l'Eatat de France »oia le règne de François II, 
p. 187. Le premier article du mémoire en chiffre tronvé 
KQr La Bigne était ainsi conçu : a Protestation faite par 
le chef et tous ceux du conueii de n'attenter aacune 
chose contre la majoEté des Ruis ni contre les Princce 
de son sang ni Testât du Boyauioe, à qooy s'wicor- 
doient tous les antres articles, etc.... 



— 43 — 

pour ce qu'il le sçavoit trop serviteur de la 
Royne. 

Or, comme a esté dict, le S' de Soubize, 
combien qu'il enst de tout temps en cognois- 
sance de la religion, ne s'en estoit enoores 
point déclaré, ce que toutesfois il désiroit 
fort pouvoir faire. Mais jusques là le com- 
mandement de la Royne , les promesses des 
grands, l'asseuranee d'un reculement certain, 
et telles considérations, l'avoyent toujours 
retenu, tellement que la dame de Soubisse, 
sa femme, qui n'avoit eu congnoissance de 
la vraye religion que par son moien, fut la 
première à s'en déclarer, et y avoit desja 
longtemps à l'heure de l'entreprise d'Am- 
boise que tout ouvertement elle n'alloit plus 
à la messe, et faisoît prescher chez elle, où 
luy semblablement assistoit lorsqu'il estoit 
en sa maison, mais toutesfois secrètement, 
et quand il estoit à la Court, oyoit quelquefois 
la messe, combien que ce fiist le moings qu'il 
pouvoit. Enfin après avoir longtemps attendu, 
et ayant remords de celer si longtemps ce que 
Dieu luy avoit faict congnoistre, il se résolut, 
quand le petit Roy François ftit mort, de se 



déclarer, qui fnt à l'heure que Monsieur l'Ad- 
mirai se déclara ausay. 

H est Ttay que peut estre, comme il acon- 
fesBé depuis, ne l'eust-il pas si tost faict sans 
les grandes traverses et défaveurs qu'il avoît re- 
ceaes , lesquelles il recognoissoit pour des plus 
grandes grâces qu'il euat receoes de Dieu, à 
cause qu'il s'estoît servi de ce moien pour luy 
retirer son affection de la Court, à laquelle na- 
torellement il estait trop enclin, s'il y eust 
receu autant d'occasion de s'y plaire, comme 
il y avoît , par le moieu de ses enuemis, receu 
de peine et d'occasion de s'en esloigner, 
tellement qu'il usoit souvent du dire de The- 
mistocles : J^estois perdu si je n'eusse esté 
perdu.' Doncquea il gardoit encores en s 
cœur la congnoissance qu'il avoit de la vraye 
religion àTheurede la mort du petit Hoy Fran- 
çois, peu auparavant laquelle il avoit esté 
mandé pour aller à la Court, ce qu'il crai- 
gnoit de faire, voyant que Monsieur le Prince 
estoit prisonnier, et le lloy de Navarre n'es- 
toit guères mieulx, tellement qu'il y avoit 
de quoy se craindre. Il est vray que la Itoyne 
lui manda qu'il y jiouvoit seurement venir, 



— 45 — 

ce qne Iny escrivît anssy Madame de Mont-* 
pensier dont il fidsoit enooie plus d'estat, 
estant certain qu'elle ne Iny eost pas voulu 
faire ceste asseuranoe, si elle eust pensé qu'il 
Y eust eu dangier ^ Toutesfois il n'estoit pas 
sans doubte qu'elle ne se trompast, et les ap- 
parences qui ont esté depuis le monstroient. 
Ce nonobstant, quelque hasard qui luy pust 
advenir, il se résolut d'obéir au commande- 
ment qui luy estoit fieiiet, et partit de Soubize 
où il estoit lors pour a]ler à la Court; mais 
estant vers Chastellerault, il sçut la nouvelle 
de la mort du Boy \ qui fit qu'il acheva son 
voyage plus seurement. 

Ayant demeuré quelque temps à la Court, 
comme il fust prest d'en partir, il dit à la 
Boyne : Madame, j'ay jusques icy pour vous 
obéir vescu autrement que je ne pense devoir 
&ire selon Dieu. Mais ma conscience m'ayant 
remordu il y a longtemps, et adverty de ne per- 
sister plus en cette &çon de vivre, je vous sup- 

* Jacqueline de Longwy, dacheese de Montpensier, 
inclinait en secret vers la croyance réformée. Elle 
mourut le 8 août 1561. 

' 5 décembre 1560. 



— 46 — 
plie três-hnmblemeat ne tronTer estrange bI 
je suie résoin de la changer et de vivre d'nne 
aatre manière qne je n'ay accoiiatamé, et par- 
tant nn de ces jours qu'on vobb viendra dire : 
Sonbize est nn luthérien desconvert, Soubize 
faict prescher, Soabîze trouble le repos de vostre 
Royaulme (car mes ennemis ne se contente- 
ront pas de dire seulement ce qui est), ne vons 
en eatonnez point, et croyez seulement ce 
qne je vous dis que je feray, qui sera de vivre 
en liberté de ma conscience sous l'obéissance 
de Vos Ma'**; à quoy la Royne lui respondit 
qu'il se donnast bien garde de faire cela ponr 
ce qu'elle l'aymoit, et désiroit faire pour Iny ce 
qn'elle ne poorroit pins, ei on sçavoit une fois 
qu'il fufit déclaré huguenot; tellement qu'elle 
le pressa le pins qn'elle penst de n'en rien 
&ire. Mais il luy dit : Madame, j'ay si long- 
temps attendu sur telles espérances, voyant 
que d'aultres qui ne valoient pas mieulx que 
moy estoient davantage advancez, que j'en ay 
offensé Dieu jusquea Jcy, dont je me repens 
fort, et suis résolu de n'y continner pins, sça- 
chant bien que si voua voulez, que vous ferez 
bien pour moy sans cela. S'il ne vous i 



— 4Ï — 

je ne vous en importnneray point, et me con- 
tenteray de yiyre paisiblement , selon Dien et 
ma conscience. 

Là dessus elle le pressa encores pins fort 
de ne se déclarer point, Iny fidsant les plus 
belles promesses da monde. Mais il la reffosa 
touqours et Iny dict enfin : Madame, si 
j'avois deux âmes, encores j'en hazarderois 
mie pour vostre service; mais n'en ayant 
qa'nne je vous supplie très-hnmblement vous 
contenter que je l'ay trop bazardée jusqnes 
icy. — £b bien doncq, dit enfin la Royne. 
Tontesfois elle Iny fit encore tontes les offires 
qu'elle peut pour l'en empescber, luy disant 
qu'il ne pouvoit faillir à avoir des plus grandes 
charges du Eoyaume, et qu'il n'y en avoit point 
auxquelles il ne peust espérer; que cependant 
il demandast ce qu'il vouldroit ; à quoy il fit res- 
ponse qu'il ne vouloit rien que sa bonne grâce 
et la liberté de sa conscience. Toutesfois elle 
luy fit encores dire le mesme par Madame de 
Montpensier, et voyant qu'il ne vouloit rien 
demander, luy fit ofinr d'estre gouverneur du 
Roy Charles, ce qu'il dit qu'il ne sçauroit ac- 
cepter, à cause qu'il n'estoit point propre avec 



les enlants, et qa'il ne sçaroit comme il &lloit 
parler à ealz ; en somme qne son Datnrel ne s'y 
sçanroit accommoder. Elle la; fît (par après) 
oStît iTestre cappitaine des gardes en la place 
decelny qnî mounit lors à Orléans, ce qn'anasy 
il refasa, disant qu'il ne sçaoroit faire l'office 
d'un bourreau pour aller prendre prisonnier 
celui que le Roy loy commanderoit. 

De tous ces refus , Madame de Montpensier, 
qui eust désiré son advancemeut, estoit mar- 
rie, et luy dist : C'est grand cas, vous ne vou- 
lez rien accepter. La Royne ne demande qn'à 
faire pour voua. Si vous vouliez un peu tempo- 
riser , il n'y a estât en ce royaulme à quoy tous 
ne puissiez parvenir. Vous ne pouvez que vous 
ne soiez grand. Une mareschaussée de France 
ne vons sçanroit faillir; mais en attendant, 
acceptez quelque clioae. Adviaez vous-même 
à ce qu'on vous peut donner pour ceste heure, 
et ne &iictea que demander ; à quoy il respondit 
touRJom-s qu'il ne vouloit rien. Mais vona estes 
un estrange homme, luy dîst Madame de 
Montpensier. Je crois qu'il voua fanldroit à la 
fin offrir la Couronne, car ny pour le présent ny 
pour l'advenif, on ne vons peult rien faire re- 



— 49 — 

oepvoir. A qaoj il Iny respondit : J'ay tous- 
jours employé et désiié jusques à la fin em- 
ployer ma Tie pour le service de cest estât 
J'ai mesme hassardé mon &me snr les belles 
promesses qu'on m'a fiûctes, dont je croy que 
1X00. m'a puny, car pour cela je n'ay pas laissé 
d'en voir, une infinité qui peut estre ne m'es- 
galoient point en valeur, plus advancez que 
moy. Je ne laisseray pas d'exposer tousjours 
ma vie pour le service de Leurs Migestez, mais 
de mon &me je ne la veux plus en façon que soit 
hasarder, m'estant par la gr&ce de Dieu résolu 
de n'estimer plus toutes les grandeurs que j'ay 
autrefois désirées au prix de la liberté de ma 
conscience. Enfin la Boyne sçachant sa résolu- 
tion, luy dit, comme il prenoit congé d'elle, 
qu'elle le prioît sur tous les services qu'il luy 
désiroit &ire, de fiûre une chose qu'elle luy 
diroit; à quoy il luy respondit qu'elle ne luy 
fist que commander pourvu qu'il n'y allast de 
sa conscience. Elle luy dit qu'elle le prioit de 
fiûre que ses subjects ne s'assemblassent pour 
le presche que de nuict. Il luy fit response : 
Madame, je vous promets que pour vous 

monstrer combien je vous veux rendre d'obéys- 

4 



— 50 — 

sance, je le leur diray une fois on denx pour le 
plue. Mais s'ils n'y veulent obéir, je ne les y 
contraindray pas. — Eh bien donc, dit la 
Bojne, en haasBant les espauIeB, faites comme 
vons l'entendez. 

Sur cela il prit congé d'elle et revint en aa 
maison, là où soudain après elle luy fît en- 
voyer l'ordre de Saint Michel qui lors n'estoit 
pas à si vil prix qu'elle a esté depuis '. Mais 
pour ce que la dépesche en estoit dressée à 
M. de Burie, qui ne la luy vouloit donner 
qu'à la messe, il renvoya la despesche à la 
Royne, disant qu'il remercioit très-humble- 
ment le Koy, mais qu'il ne vouloit point de 
son ordre puisqu'il ne la ponvoit recevoir qu'à 
la messe, ce que Bçachant la Royne fît faire une 
autre despesche adressant à Monsieur de La 
Eochefoucaut, pour la luy donner ainsy qu'il 
vondroit. Quand il l'eût acceptée dudit sieur 
de La Rochefoncaut, U alla à Fontainebleau 
où estoit lors le Roy pour l'eu remercier, là 
où pendant qu'il estoit vindrent les nouvelles 
du massacre de Tassy, qui avoit esté faict par 

' On a sa lettre do remorclmenlB à la Heino, rtii Parc, 
14 jiinvier 1563. (Fonds français, vol. 318(; fol. 21.) 



— 51 — 

Monfiieur de Gnise, le 1^ jour de mars * ; qui 
fit que la Boyne manda à Monsienr le Prince 
de Condé qu'il se rendis! à Paris aussitost que 
cenlx de Guise, et qu'il prist les armes^ 
comme il fit y avec lequel tous les principaux 
de la religion se rendirent incontinent. 

Mais le sieur de Soubize fut le dernier de 
tous qui partit de la court, pour ce qu'il espe- 
roit tousjours de gaigner la Boyne pour aller à 
Orléans , et de fiûct quelquefois il luy sembloit 
qu'elle estoit toute résolue, mais après elle 
ehangeoit d'advis. Toutesfois il persistoit tous- 
jours, à quoy luy aydoit le Chancelier de l'Hos- 
pital , de sorte que tous les jours , ils parloient 
deux ou trois heures à elle dans son cabinet , 
et la pensoient quelquefois avoir toute gaignée, 
et qu'elle estoit preste à y aller; puis tout sou- 
dain une frayeur luy prenoit tellement qu'elle 
en estoit découragée. Néantmoins tant plus le 
sieur de Soubize voyoit que le tems estoit 
court, et plus il s'esvertuoit, de sorte que le 
jour avant que ceulx de Guise deussent arri- 
ver, après luy avoir remonstré tout ce qu'il 
peut (à quoy elle lui accordoit tout hormis 

* le' mars 1562. 



l'effect qu'il seinbloit qu'elle refiiaoît seule- 
ment par crainte), il pressa encores Monsienr 
le Chancelier de luy en parler, et le fit re- 
tonmer vera elle cinq ou six fois ce jonr-là, 
combien que le Chancelier Iny dîct qu'il n'y 
espéroit plus rien, qu'elle n'avoit point de ré- 
solution, qu'il la congnoissoit bien. Si faia-je 
bien moy, disoit le Bieur de Sonbize; mais, je 
voua prie, essayons encorea ce coup; tellement 
que comme j'ay dit, ils retournèrent ce jour-là 
cinq OH six fois vers elle ; et pour cet effect 
tarda à Fontainebleau jusqnea au eoir aprèa 
aoapper, dont ceulx de Guise dévoient arriver 
le lendemain. 

Qoand il vit qu'il ne gaignoit plus rien à 
l'endroict de la Boyne, et que ceulx de Guise 
estoient si près, il se résolut de partir le soir 
et vint prendre congé d'elle. Mais elle le pria 
lora de demeurer près d'elle, à cause que si 
elle se vonloit déclarer (comme elle luy don- 
noit espérance de le faire selon que ses af- 
faires Buccéderoient) elle n'avoit personne en 
qui elle se fiast; pourtant elle désiroit qu'il 
demourast afin de Iny servir en ce faict pour ce 
qu'elle ne s'en pouvoit fier qu'à luy, A qnoy 



— SS- 
II Iny respondit : Madame , je ne sçay oom- 
ment vous pouvez espérer d'avoir moien de 
vous déclarer si vous ne le faites entre cy et de- 
main que ceulx de Guise arriveront; car si vous 
attendez leur venue , vous vous devez asseurer 
que le Roy et vous serez prisonniers, de sorte 
que pour estre en ceste court, je ne vous ferois 
nul service, car seulement je n'aurois pas 
moien de parler à vous, et ne ferois que me 
mectre en danger, pource que le Roy et vous 
n'ayant plus de pouvoir, et sachant comme je 
vous suis serviteur, dès le lendemain on me 
feroit tuer, non que je plaignisse ma vie pourvu 
que je la despendisse pour vostre service; 
mais ce seroit inutilement, perdant le moyen 
de vous en faire ailleurs. Ce que voyant la 
Bojme le pria de ne prendre donc point encores 
les armes, mais de s'en aller chez luy pour 
luy tenir des trouppes de Poictou et de Xainc- 
tonge prestes, et les luy amener quand elle lui 
manderoit en avoir besoing. A quoy il luy fit 
response que lorsqu'elle en auroit affaire, que 
le luy &isant sçavoir, il les manderoit tous- 
jours bien, et qu'il luy respondoit de les luy 
mener toutesfois et quantes qu'elle voudroit, 



— 54 — 
sans qu'il fciet besoing qae poar cet eÉFect 
il fost sur lea liens ; que cependant il ne de- 
menreroit point inatiUe, mais s'en iroit joindre 
avec ceulx qu'il sçavoit estre délibérez d'em- 
ployer leur vie pour sou service et pour la 
délivrer de lacaptivité où le Roy et elle alloient 
entrer. Et bien donc, luy diat la Royne, 

Sur cela il prit congé d'elle, et comme il 
estoit prest à partir, le Seigneur Strozzi ' le 
vint trouver à son logis pour le prier, de toute 
l'affection qu'il peut, de le mener avecques 
luy; à quoy il iuy reapondit qu'il pensoit que 
la Royne luy donneroit aisément ce congé, 
ce que le Seigneur Strozzi ne vouloit point 
qu'il luy allast demander, craignant d'en estre 
refuzé. Toutesfois le sieur de Soubize ne fai- 
sant point de difficulté que la Royne ne le luy 
accordast, la retourna trouver, comme elle 
soupoit, pour la snplier de luy permettre d'em- 
mener le dit Seigneur Strozai, ce que la Royne 
le pria très-instamment de ne point faire, 
luy disant que si cestny-là y alloît, il ne luy 
seroit pas possible de persuader à cealx de 

' Philippe Strozzi , Sis de l'ieiie StroEsî, dcmt U est 

rjueËtiuu p]\ss haut, yi. '21. 



— 56 — 

Goise que oe ne fiist par son consentement, et 
qu'elle ne fast de la partie, qnand mesme il 
n'en seroit rien. Je suis donc bien many, 
Madame, dist le S' de Soabize, de le Tons 
avoir demandé, et si j'aisse pensé, je Tensse 
mené sans tous en rien dire; ce qu^il n'osa 
lors faire, dont le S' Strosud ent grand regret, 
et Iny semblablement, et a dict depuis qu'il 
s'en estoit repenty mille fois. Là dessus il 
partit, et alla trouver Monsieur le Prince à 
Meanx, où s'estoient rendus Monsieur l'Ad- 
mirai et les principaulx de la Religion, les- 
quels tous ensemble firent la Gène le jour de 
Pasques, et partirent l'après disnée pour aller 
à Orléans, et passèrent tout du long des mu- 
railles de Paris, dont les Parisiens eurent grand 
peur. 

Estans à Angerville où ils avoient couché, 
le maréchal de Cossé, qui lors estoit nommé le 
S' de Gonnort *, y arriva pour faire, à ce qu'il 
disoit, quelques ouvertures, afin de parvenir 
à pacifier les choses , et admusa Monsieur le 

* Artos de Cossé, frère du maréchal de Brîssac, obtint 
lui-même le bâton en 1567, et fut un des chefs modérés 
du parti catholique. 



— 50 — 
Prince une partielle la matinée andit lieu souba 
ceste couleur; ce que voyant le S' de Soubize, 
et coguoÎBBant qu'il taschoit pluetost à tirer 
le propos en longueur qu'à venir au point, se 
doubta que ce n'estoit que pour les amuaer, 
afin qu'on se saieist d'Orléans premier qu'ils y 
peussent estre arrivez. Et de faict Mous' d'Es- 
trée ' avoitesté dépesché pour cet effect. Mais 
il troava que les autres avoient esté plus dil- 
ligens que luy. Doncques le S' de Soabize se 
doublant de cela, ne cessa de presser Monsieur 
l'Admirai jusques à ce qu'il luy eust fiiict 
rompre oe parlement, ce qu'estant faict, ils 
montèrent à cheval et coururent la poste, 
combien qu'ils iiissent dix huict cens chevaals, 
jusques à une lieue près d'Orléans, là où ils 
eurent advertissement de Monsieur d'Andelot 
qu'il y eatoit deajà entré, et partant ils se 
mirent à aller au pas afin d'y entrer en meil- 
leur ordre. 
Après cela on ne laissa de continuer la né- 



' Ancien page do la reine Anne de Bretagne et 
j^'ond-maitre de l'artillerie, Jean d'EstréoB combattit 
les réfonnéij tout en professant lenis doctrines, et 
monnit octogénaire après la Saint- Barthélémy. 



— 57 — 

gociation de la paix, et leur fiGÛsoit proposer 
la Bojme de quîcter le Boyaume, puisqu'ils 
estoient résolus de suivre ceste religion ^ et 
qu'on leur donneroit un an de terme pour 
vendre leur bien ; et mesmes à la première fois 
qu'elle parla à Mons' le Prince , elle avoit tant 
fidct par ses artifices qu'elle avoit tiré de luy 
quelques promesses , ce que sçachant le S' de 
Soubize, et considérant la playe que cela ap- 
porteroit au Eoyaulme, et le danger en quoy 
ils laisseroient tant de milliers de pouvres per- 
sonnes qui n'auroient pas le moien de faire le 
mesme, fiit toute lanuict sans dormir, pensant 
aux moiens qu'il y auroit d'empescher que 
ceste résolution ne sortist à effect. 

Le lendemain il se leva fort matin pour es- 
sayer d'animer ceulx qu'il pourroit pour es- 
lire la voye des armes , et le premier qu'il ren- 
contra fut Monsieur d'Andelot à qui il dist : 
Et bien. Monsieur, qu'estes-vous résolu de 
faire ? De ma part, respond le S' d'Andelot, je 
suis résolu de combattre quand je n'aurois que 
mes trouppes. — que je suis aise, luy dist 
le S' de Soubize, en l'embrassant, de vous veoir 
en ceste résolution. Je vivray et mourray avec- 



— 58 — 
qnes vona , et vous prie quand il n'y niiroit 
que nous deux, que nous persistions en ceste 
volonté. Là dessus tous deux allèrent remons- 
trer à toua les autres le tort qu'ils feroient à 
tant de milliers d'âmes qui s'attendoient à 
enlx, et le mal qui pourroit provenir si on sui- 
Toit la proposition de la Hoyne, tellement que 
Mons' le Prince et tous les aultres se résolurent 
de ne le point faire. 

Sur cela ils parlementèrent encores avec la 
Royne, qui fut lorsqu'on tenoit qu'il ee feroît 
ime paix près Beaugeucy, et allèrent trouver 
la Itoyne en une grange, qui avoit mal à un 
pied, et portoit un baston. Là entrèrent en- 
cores mon dit S' le Prince et Messieurs l'Ad- 
mirai, d'Andelot, de la Rochefoucaut et de 
Soubize, et s'il y en avoit quelque autre, c' es- 
toit fort peu. Et voyant la Hoyne qu'on ne 
vouloit pas suivre sa première proposition, 
elle estoit fort eu cholÈre , et parla deux gran- 
des heures à eux, sans seulement se desmas- 
quer, combien qu'il fussent assis, voulant 
tousjonrs sommer Mons' le Prince de la pro- 
messe qu'elle prétendoit qu'il luy avoit faicte ; 
à quoy je ne puis pas bien dire la reaponse 



— 50 — 

qu'il luy fit, soit qu'il s'excusast de ne le 
pouvoir faire Bans ceulx de son partjr, ou au- 
trement. Cela pourrez vous mieux sçavoir que 
moy. Enfin quand elle vit qu'elle ne le pou- 
voit fSûre consentir à ce qu'elle vouloit, elle se 
leva et frappa plusieurs fois par terre de son 
baston, disant: Haï mon cousin , vous m'af- 
folez , vous me ruinez. A quoy le S' de Soubize 
voyant que ledit S' Prince ny les autres ne luy 
respondoient rien, lui dist : Comment, Ma- 
dame, est-ce cela que vous nous disiez main- 
tenant que vous estes si libre, et que noua 
avons tort de dire que vous soiez captive ? Si 
vous avez toute puissance, comme vous dictes, 
qui estrce qui vous peult affoUer? Sur quoy 
elle demeura estonnée. Enfin ce parlement 
estant finy, ils retournèrent à Orléans, là où 
le dit sieur de Soubize fut malade d'une fiebvre 
continue dont il cuyda mourir. Toustesfois il 
en guérit. 

Bientost après sa guérison, Mons'' le Prince 
et les autres seigneurs qui luy assistoient, ad* 
visèrent comme ils se départiroient pour gar- 
der leurs places, et fut parlé d'envoyer le S*^ de 
Soubize à Rouan. Toustesfois voyans que Lion 



— GO — 
estoit de plas grande coneéçiueaee, tant pour 
estre une des principales villes de France, 
que pour le paasage des estrangers, estant 
près de la frontière, la charge luy en fut com- 
mise '. Orn'estoitpas le voyage peu hasardeux 
à cause que tout le pays qu'il luy falloit passer 
depuis OrlûauB juaques-U estoit tenu par les 
catholiques; et pourtant quand il fut à la pre- 
mière couchée, an partir d'Orléana, jusque» 
où beaucoup de noblesse avoit suivi sans sça- 
Toir quel chemin il estoit délibéré de tenir, il 
les appella tous au soir et leur dist : Je croy 
que pas un de vous ne sç-ait le lien où je vais, 
et pour ce que je serois marry qu'à mon occa- 
sion voua entreprinssiez de veuir en lieu dont 
après vous eussiez regret, et que voua voua 



' ExofipèTés par les masHacres de Voesy ot de Seus, 
et soutenus par divers capitaines de l'armée de Coudé, 
lee proteBtanlfl de Lyon, alora fort nombreux, s'empa- 
rèrent da ta ville, le 30 avril 1562, et ils en demeu- 
rèrent les; maîtres jusqu'au mois da juillet de l'année 
BuiTante. Voir, sur ce sujet, les anciens historiens da 
Lyon, Claude de Eabis, Gabriel de Sacconay, ainsi 
que de Tliou (1. XXSl), Bèze {Histoire eccliêiiutiqtte, 
t. III, 1. ïi), et une fort remarquable lettre do Calvin 
(UUrwfrun^mcn, t. II, p. 465.) 



— 61 — 

plaignissiez que je Yoas anrois menez à la bon- 
chérie , je vons venx bien déclarer qne je vay 
à Lion y afin qne si ancnn de vons trouve le 
voyage trop faschenx, vons vons en puissiez 
retourner premier qne d'estre embarquez plus 
avant, ce que vons pourrez faire, feignans estre 
venus jnsques icy pour me conduire; priant, 
au nom de Dieu, ceux qui auront tant soit peu 
de doubte d'entreprendre le voyage, on pour 
quelque incommodité de leur personne, ou par 
faulte de moiens ou autrement, de me vouloir 
faire ce plaisir de ne passer point oultre. Quant 
à ceulx qui voudront venir, je courray mesme 
fortune qu'eulx, et n'auront mal qne je n'en 
aye ma part. Mais premier que de le faire je 
les prie d'y bien adviser, afin qu'au partir de 
là aucun ne die que s'il eust scen où j'allois , 
ils n'y ftissent venus ; vous priant tous de ne 
vons contraindre point à me suivre, pensants 
me fidre plus de plaisir, car, au contraire, 
n'ayant pas force suffisante pour y aller à la 
desconverte , et estant contrainct de ine celer, 
je passeray plus aisément avecques peu qu'a- 
vec grand nombre. Et encore prieray-je ce 
qui viendra de renvoyer leurs varlets, afin qne 



~ 62 — 
ce qne noua serons soient tous gens preste à 
combattre. 

Là dessus il y en eut pluBienrs qui, com- 
bien qu'ils eussent désiré le suivre, couBiâé- 
rans leur incommodité, les uns pour estre 
mal montez, les aultres pour quelque autre 
raison, le luy dirent franchement et prirent 
congé de Iny; et demenrèrent avecqnes luy 
seulement quarante chevaulx, tous gens ré- 
solus, et le moindre desquels valloit bien son 
homme. 

En ceste faijon il prit son chemin, faisant* 
semblant d' estre tous compaignons, et disoîent 
en la pluspart des lieux où ils passoient, qu'ils 
alloient trouver Mons' de Tavannes qui estoit 
en ce pais-là '. Toutesfois comme il est malaysé 
de ee feindre, il ne passoit en parroisse qne ce 
ne fust les tocsins sonnant sur luy, et mesme, 
nn jour de dimanche, passant parung grand 
village ou une petite ville, le peuple sortit de 
la grand-Messe, et mit des charrettes au tra- 
vers des mes pour l'empescher de passer. 
Mesme bien souveut il estoit contrainct de 






ndait alors on Bourgogne, où il se aign 
et le pillage de MScoJi. (Août 15i 



— 63 — 

faire repaistre les chevanlx dehors, les tenants 
par la bride ponr n'entrer aux hostelleries; 
et pour se recaler des grands chemins, il pas- 
soit la nnict par ces montagnes de Yivarez où 
ordinairement ils oyoient les torrents bien bas 
an dessoubs de leurs pieds, car ils alloient 
nuict et jour, et passoient par des précipices 
que leurs guides leur disoient le lendemain 
que s'il eust esté jour, ils n'y eussent ozé 
aller à pied. 

Gonmie ils passoient par la Bourgongne, 
le bailly d'Authun les suivit trois jours, avec 
six vingt chevaulx, jusques au port d'Ygoin 
où ils avoient passé la rivière, ce que voyant le 
bailly s'enquist àl'hostesse où ils avoient logé, 
qui ils estoient, à quoy elle leur dict qu'elle ne 
sçavoit, mais que pour le moins elle croyoit 
que c'estoient de braves gens et tous maistres, 
qui avoient mine de ne se laisser pas battre. 
Partant elle le prioit, pour ce qu'il se resol- 
voit de les suivre, de ne s'y jouer pas, crai- 
gnant qu'il n'eust du pire. Ce nonobstant le 
bailly s'arresta longtemps sur le bord de la 
rivière, regardant leur contenance; mais tant 
qu'ils les peurent voir, le S"^ de Soubize ne se 



voulut retirer qu'an pas. Enfin jamais le bailly 
ne les oza attacquer, et s'en retourna sans rien 
faire. Quand le S' de Soubize fut hors de sa 
vene, il commença à aller au grand trot jns- 
qnes à ce qu'ils eussent gaigné la repeue , et 
continutiiit son chemin, se rendit à Lion, 
sans avoir faict perte, durant sou voyage, que 
d'un de ses chevaux qui mourut entrant dans 
Lion '. 

Quant à ce qu'il fit an dit Lion, et tout ce 
qui y advint peudant qu'il y commanda, vous 
en avez des Instructions \ Seulement je met- 
tray icy une chose qne je croy n'eatre pas 

' Soubîae arriva le 19 juillet 1562, avec les pleins 
ponvoire du prince de Coudé, datés d'Orléane, 25 mai 
1562, pour conserver cette place ëdiih l'autorité da rai 
<t et enipcscher que laa eimemys atipirunt à la tyrannie 
no puissent s'en emparer ]>. 

* Ceet le Discowra de» ehoêes advenue» en la vilh 
de Lion pendant que Monsieur de Soubiee y a com- 
mandé, counervê dans les Mélanges de Mézeray. (Fonds 
français, vol, 20783, fol. 113-157.) Jcdois l'indication 
de ce très-important document au comte Hector de la 
Ferrière, le savant éditeur des lettres de Catherine de 
Mèdicis. C'est an mémoire apologétique, avec pièces 
ofBcielleB k l'appui, se terminant par ces mots qui en 
révèlent l'intention : a Toutes les lettres cï-dessM Bout 
expressément mises pour monstrer les causes qui 



— 65 — 

portée par les dits mémoires, c'est ce que se 
voyant assiégé et qu'il n'avoit plus vivres que 
pour quinze jours , il se résolut de mectre 
hors les personnes inutUes, comme les femmes, 
les enfants et les pauvres , qui estoient en 
nombre de sept mille , ce qui estant près à 
estre effectué. Monsieur Yiret, ministre ^, vint 
à luy pour luy remonstrer la pitié que ce 
seroit de mettre un si grand nombre de pau- 
vres gens à la boucherie; à quoy le S' de 
Soubize luy respondit : Je le sçay bien , et ay 
tel regret d'estre contrainct à ce £ure que le 
cœur m^en saigne; mais le debvoir de ma 

meu le S' de Soubize à demenrer si longuement à 
rendre lion, qui fut au conimencement de juillet 1563, 
d*aultant qu*on Fa voulu calompnier qu*il ne voulust 
pas obeyr à Fédict de pacification, d 

Ce mémoire a passé presque textuellement dans le 
livre XI de YHistoire ecclésiastique de Bèze. Je me 
borne à en extraire les fort belles lettres, encore iné- 
dites, de Soubise à Catherine de Médicis, qui figurent 
à l'Appendice. 

* Le célèbre ministre de Lausanne, Pierre Viret, 
appelé à Lyon où il prêcha l'Évangile avec les plus 
grands succès. H se dirigea ensuite vers Orange, Nîmes, 
Montpellier, Orthez, où il mourut en 1671. Voir à l'Ap- 
pendice la lettre de Soubise aux supérieurs de Genève, 
du 19 novembre 1562. 

5 



— 00 — 
charge le porte, car il vaut mieulx perdre ce 
nombre que le tout, vous voulant bieu décla- 
rer, Monaienr Viret, pour ce que je sçay que 
Toaa eBtee honnne de bien, que doub sommes 
à quinze jours près de la fin de nos vivres, 
tellement que ai faulte de cela je perds ceste 
ville, j'en seray blasmé, et dira on que je ne 
sçay pas mon meatier. A quoy le ministre luy 
reapondit : Je sçay. Monsieur, que selon 
le droict de la guerre vous le devez faire j mais 
cette guerre n'est paa comme les aultres, car 
le moindre paavre qui soit icy y a iutérest, 
puisque nous combattons pour la liberté d& 
nos consciences, et partant je vous supplie, 
au nom de Dieu, de ne le point faire, et ay 
une ferme foy qu'il vous secourra par quelque 
autre moieu. 

Quand le S' de Soubîze vit cest homme de 
bien parler ainsy, il luy dist : Encores que s'il 
advient du mal en ce faisant, je face tort à ma 
réputation, et qu'on die que je n'auray pas 
faict debvoirde cappitaîne, ai est-ce que soubz 
vostre parole, je le feray, ayant asseurance 
que Dieu bénira ce que je fay. Et ainsy ne fut 
mis personne hors Lion ; et lors il envoya d 



— 67 — 

DombeS) dont il lay fat envoyé deux mille 
charges de bled, comme est porté par les mé- 
moires \ qui tat Foccasion de la hayne que luy 
porta Mons' de Montpensier \ 

Je ne yenlx aussy obmettre la résolution 
qu'il aToit prise, si d'aventure il voyoit la ville 
preste à estre prise, de ne se rendre jamais, 
mais de sortir avec oeulz qui l'eussent voulu 
stdvre, et de mourir en combattant, pour ne 
tomber vif entre les mains de se9 ennemys, la- 
quelle résolution il avoit déclarée à ceulx en qui 
il se fioit le plus. Au reste combien que par les 
mémdres il soit amplement récité la &çon dont 

' D'après le Discours des choses advenues à Lion, 
mentienné plus hant^ p. 64, SonbÎBe ne tira pas moins 
de 3 à 4000 chars de blé du pays de Dombes ; mais il y 
fallut assiéger plusieurs places où le duc de Nemours 
avait mis garnison. Celle de Trévoux, ayant refusé de 
capituler, périt sous les ruines du château miné par 
les aesi^eants. (FoL 137.) 

* Louis de Bourbon, duc de Montpensier, prince de 
la Boche-sur- Yon, et souverain de Dombes, un des 
chefs les plus impitoyables du parti catholique , qu*il 
déshonora par ses cruautés. Sa maxime favorite était 
qu'on ne doit point garder la foi aux hérétiques. Sa 
fille Charlotte de Bourbon, évadée du cloître de Jouarre, 
alla épouser Guillaume d'Orange. (Voir mes Nouveaux 
Récits da XVI^ siècle,) 



— 68 — 
il s'y porta, ei dîray-je encores qn'ati liea de s'y 
endetter et mectre en arrière comme il fit, U 
y euat pen gagner cent mille escns , s'il east 
tant soit peu voulu quicter de son debvoir. 
Car tant s'en fault qae personne se fiist plainct 
de Itiy, qu'il euat fait plaisir à beaucoup, d'au- 
tant que les marchands luy venoient offrir k 
joinctea mains le tiers de leurs marchandises 
pour avoir congé de faire sortir le reste, ce 
qu'il ne voulut jamais accorder, disant que 
s'il eust pen, sans faire tort au général, les 
laisser sortir, il n'en eust voulu rien prendre; 
mais quaud on luy eust offert cent fois plus 
de gaing, il ne l'euat pas accepté, pour ce que 
c'estoit leur dernier recours de s'aider à une 
nécessité deadites marchandises. 

J'adjousteray encores que depuis, quand on 
le mectoit en propos de ce qui s'estoit passé 
à Lion, et que quelqu'un en désiroit sçavoir 
des particularités, il recongnoissoit que Dieu 
luy avoit fait une grande grâce en ce qu'il luy 
avoit faict paroistre en tout ce faict là que 
tout ce qui eatoit advenu de bien n'avoit point 
esté par sa diligence, mais par une spéciale 
grâce qu'il luy avoit faicte, pour ce que com- 



bien qu'il n'enst rien obmis de ce qu'il pen-^ 
soit estre du debvoir d'un cappitaine, soit i 
avoir espions, ou aultres choses qui dépendent 
du Mot de la guerre^ si est ce que Dieu nV 
Toit jamais permis qu'il récent les advertis- 
sements qu'il avoit eus, par ses espions, mais 
les 7 avoit envoyez par aultre voie, en sorte 
que toutesfois il avoit toujours esté adverty 
des desseins de ses ennemys assez i temps 
pour y prouvoir \ Je ne sçay aussy s'il est porté 
par les mémoires que ledit S' de Soubize garda 
Lion trois mois après la paix publiée par tout 

' La défense de Lyon assiégé par Ta vannes et le duc 
de Nemours est la grande page de lliistoire de Sonbise. 
H faut la lire dans le Discours mentionné plus haut, ou 
dans le récit de Th. de Bèze qui en est la reproduction 
presque littérale. Sa vigilance ne fut jamais en défaut. 
Il sut écarter des i^uxiliaires dangereux, introduire dans 
la yiUe une garnison sûre, pourvoir aux approvision- 
nements, contenir Tavannes et Nemours, en infligeant 
au second de rudes échecs qui le réduisirent à l'im- 
puissance. Lorsque la paix eut été signée à Amboise 
(19 mars 1563), il se montra noblement soucieux du 
maintien de la liberté des cultes, et ne remit la ville 
qu'en bonnes mains. Sa correspondance avec la reine- 
mère témoigne de la loyauté de ses sentiments, et montre 
sous un beau jour, Tindépendance huguenote unie à la 
fidélité monarchique, 

5* 



— 70 — 
le reste de la France, parce qne Monsietir le 
Frince lai avoit mandé secrettement qa'il le 
fist. Il remonstra cependant de si bonnes et 
vives raisons à lears Majestés, que jamais on 
ne loy en sceut donner le moindre blasme dn 
monde. 

Sur la fin des troubles ', Mons^ de Guise fot 
tpé, de la façon qne chascnn sçait, par Merey, 
aultrement dit Pantrot; dont tons ceux de la 
maison de Goise prirent occasion de descon- 
vrir davantage la haine qu'ils portoient au 
Sf de Soubize, pour ce qu'ils Brent charger 
par ledit Merey, par une infinité de torments 
qu'ils loy firent endurer à la gène, ceulz qu'Us 
hayoient le plus, d'estre conlpablea de la mort 
dudit sieur de Guise ; et encores adjonstèrent 
ils à sa déposition plus qu'il n'avoit dict, 
comme ceolx qui le sçavent à la vérité le con- 
fessent, luy faisants accroire qu'il avoit dict : 
De Besze m'a presché de le faire, m'assenrant 
qu'après cela j'irois tout droit en Paradis. 
L'Admirai m'en a donné la charge, et Soubize 
m'avoit envoyé vers luy pour cest eflfect, Iny 
mandant que j'estois propre pour faire un 



— 71 — 

tel oo1Ip^ Et oombîen que lUi&téy n'enst jamais 
dict cela, et qae seulement, dorant le tonr- 
mekit dé la gène, il eost nommé par foroe 
ceolx qu^on ay oit tooIo, tonteafois inccmtineiit 
qn'il fiut hors dn tonnent il protesta qne oe 
qn'il àvoit dict avoît esté par la violence dn 
mal y et maintint jnsqoes i la mort qn'antre 
diose ne Tavoit incité i &ire ce qn'il avoit 
fidct que le désir de délivrer sa patrie d'nn 
tel tjian, joinct Findignité dont avoit nsé le 
B* de Gnise snr le corps d^on de qni il estoit 
paient, qui estoit le S' de la Benaadie, et 
anssjr ponr un antre sien proche parent qui, 
an mesme lien d'Amboise, fîit mis prison- 
nier, leqnel le & de Gtiise fit tper dans les 
cachots. Depnis leqnel temps il avoit tons- 

' Le noble caractère de Faillirai Télevoit aa-dessos 
de tout soupçon. H crut cependant devoir répcmdre par 
une dédaration publique aux calomnieuseB imputations 
dont il était Fobjet. C'est la pièce qu'on peut lire dans 
les Mémoires de Ckmdè, t. IV, p. 312-338, et dans 
VHiêt, eecL de Bèze, t II, p. 291 et suivantes. Elle est 
datée de Caen, 12 ma» 1563, et signée : Çhâtill<Mi, La 
Bocfaefoueault, Th. de Bèze. Enfermé dans Lyon, Sou- 
bise ne put 7 joindre sa signature ; mais il existe de lui 
une brève protestation d'une date ultérieure. C'est la 
dernière pièce de l'Appendice. 



— 72 — 
jonra esté en résolution d'en venger ]ny et ea 
patrie. 

Or la vérité de tout ce faict estoit telle : 
Merey estoit nn jeune gentilhomme d'Angon- 
moiSf de la terre d'Aubeterre, qui avoît esté 
nonny page du fen S' d'Anbeterre, père de 
la dame de Soubize, et depuis snivoit le ba- 
ron d'Anbeterre, qui, à l'heure qne les pre- 
miers troubles commencèrent, l'avoit laissé 
chez la dite dame de Soubize sa sœnr, la- 
quelle entendant la prise des armes , envoya 
au S' de Soubize son mary, qui estoit à Or- 
léans , ses grands cbevanlx qu'elle donna à 
conduire au dît Merey, sçachant qu'il estoit 
fort brave soldat, et qui s'en acqnicteroit 
fidèlement, comme il fist, et y alla avec le 
&' de Saint-Martin de la Coudre quiconduisoit 
les trouppes de Xainctonge. Or le dit Merey 
Bevantoitordinairementqu'iltneroitMonBienr 
de Guise, et le disoit en général à tous ceux & 
qui il parloit, comme il avoit tousjours faict 
depuis l'entreprise d'Amboîse, de quoy on 
faisoit aussi peu d'eatat comme s'il se ftist 
vanté d'obtenir l'Empire, à cause que c'eatoit 
un jeune homme qui, quand il fit le coup, 



— 73 — 

nWt scén avoir que vingt et deux oui vingt et 
trois ans y et qui oultre cela estoit on grand 
caosenr, fiôsant estât ordinairement de plaisan- 
ter^ de sorte qu'on prenoit tout ce qu'il disoit 
comme d'un foL Toutesfois le S' de Sonbiae 
i'aimoît^ ponr ce qn'il Iny estoit recommandé 
de la daine de Sonbize sa femme, en la mai- 
son de qni il avoit esté nonrry, et ponr ce 
qu'il le oongnoissoit pour un aussi résolu et 
advantnreux soldat qui fust en France, dont 
il luy avoit veu fidre plusieurs preuves par- 
tout où il s'estoit trouvé, mesmes dès le com- 
mencement des troubles à Orléans, et depuis 
à lion où il fit deux ou trois actes fort remar- 
quables; et faisoit estât d'aller donner ordi- 
nairement l'alarme dans le camp de Mons' de 
Nemours, et aultres tels traicts; mesme, tout 
le long du voyage que le dit S' de Soubize allia 
d'Orléans à Lion, s'il y avoit quelque cheval 
endoué pour lequel il fallust rentrer en une 
ville, ou quelque autre commission rùyneuse, 
il la couroit à force, estant homme qui n'avoit 
nulle appréhension. 

Mesme au Port d'Tgoin, dont a esté cy 
dessus parlé, s'estant defferré un cheval tout 



à plat, il demanda incontinent la charge de 
demeurer là pour le faire referrer; et là dee- 
sae arriva le bailly d'Anthiin, lequel ae doob- 
tant qu'U fdst de cette trouppe, l'enqoist fort 
pour essayer de tirer de Iny ce qa'il ponrroit. 
Mais Merey lui dist qu'il s'estoit trouvé là par 
hazard, et qu'il avoit bien eu de la peine & se 
defiaire d'eux, ce qu'il avoit faïct au passage 
de l'eau à grand difficulté, dont il eatoit fort 
aise, pour ce que c'estoieut des diables; 
comme avec tous ces langaigea il luy votiloit 
bien faire entendre que c'estoieut de braves 
hommes, à ce qu'il songeast premier que de 
les attaquer; et en&n l'estourdist tant de pa- 
roles qu'il ne scent jamais rien apprendre de 
luy. 

Quelquefois à Lion il se mesloit au milieu 
des ennemys leur criant tousjours : Voylà le 
bras qui tuera Mons' de Guise, dont ils rioient 
pour ce qu'en parlementant ils causoient et 
folastroient ordinairement avec luy comme 
avec un fol. Meames durant un parlement 
que le S' de Soubize faisoit avec Mons' de 
Nemours, dans un parc près de Lion, comme 
il estoit parmi les trouppes du dit S' de jb 



— 75 ^ 

mours où toat le monde le congnoissoit, il vit 
passer un ceif eilenr dist : Yonlez-Yons que JQ 
TOUS montre comment je feray à M. de Guise ; 
et en disant cela luy tire une harqnebnsade 
par la teste^ et le tae, car il estoit fort juste 
harquebufiier. Aultant en aroit il dict tirant 
un jour au blanc avecques un certain Lambert 
qui estoit au Boy, et un million d'autres fois. 
Soudain après que le S* de Soubize fut à 
lion, voulant advertir la dame de Boubize sa 
femme de 9on arrivée en bonne santé, et dé- 
sirant qu'elle l'y aUast trouver, ne trouva per- 
sonne plus propre (à cause que le chemin 
estoit fort bazardeux), d'envoyer vers elle 
que le dit Merey, auquel il demanda s'il voul- 
droit entreprendre ce voyage dont il fut in- 
continent prest ne demandant pas mieulx que 
telles charges. Quand il fut venu vers la dite 
dame, et qu'elle le voulut renvoyer, elle luy 
dist qu'elle vouloit escripre au S' de Soubize, 
son mary, une lettre, qu'elle ne vouloit toutes- 
fois qu'il portast sans l'avoir veue , pour voir 
s'il [ne] craindroit point de ce faire, lui re- 
monstrant qu'il y aUoit, si elle estoit trouvée, 
de la vie du dist Merey et d'elle. 



Or l'occasion de ceste lettre eetoit qu'elle 
avoit en adrertissemeût qu'on la vouloit 
prendre elle et sa fllle, et les mener devant 
Lion, menaçant le sieur de Bonlfize de les 
tuer toutes deiix s'il ne rendoit la ville, ce 
qu'elle ne mandoit au dit sieur soa mary 
comme chose certwne de peur de l'affliger; 
mais seulement le supplioit au nom de Dieu, 
si d'avantm-e cela advenoit, de n'eatre esmeu 
de nulle affection naturelle, mais de prérerer 
la gloire de Dieu et son debvoir b la vie d'elle 
et de sa fille, d'aultant qu'elle eust beaucoup 
mieux aimé mourir de mille morts ( si faire 
se pouvoit) que si cela euat esté cause de luy 
rien faire faire contre l'honneur de Dieu, le 
sien et le service de son Roy, adjoustant que 
ce qu'elle luy en mandoit n'estoit pour doubte 
qu'elle eust de sa résolution, mais pour Iny 
rendre tesmoignage de la sienne. 

Or estoit en effet sa délibération , si elle en 
venoit là, de faii-e tout ce qu'elle pourroit pour 
obtenir de ceulx qui la prendroient de ^larler au 
dit S' de Soubize, dans la ville, lenrpromettant 
de n'obmetti-e rien de tout ce qu'elle penseroit 
pouvoir servir pour le persuader ft acindeln 



— 77 — 

yoalant qu'ils prissent de là espérance qu'elle 
le Yooloit solliciter à se rendre , et qu'ils se 
trompassent, prenants son debvoir aultrement 
qu'elle ne l'entendoit Mais si à la fin elle n'eust 
peu obtenir d'eux de parler à luy qu'en leur 
présence ) elle estoit résolue de luy faire haut 
et clair la mesme requeste qu'elle luy faisoit 
par ses lettres , luy remonstrant qu'il recoure- 
roit bien d'aultres femmes et d'aultres enfants, 
mais non ce qu'il perdroit, &isant ce à quoy 
on le Youloit inciter; ce qu'elle déclaira à quel- 
ques uns de ses plus familiers amys, leur disant 
qu'elle s'asseuroit, moyennant l'aide de Dieu, 
de persévérer en ceste résolution jusques à la 
fin, quelque danger où elle se peult veoir. 

Pour revenir à ce que dessus, ayant mons- 
tre la susdite lettre à Merey, il luy dist qu'elle 
ne s'en donnast aucune peine, et qu'il luy 
promettoit, sur sa vie et sur son li^nneur de 
la porter, ou qu'il mourroit en la peine. Et de 
faict la porta au dit S' de Soubize qui a dit 
maintefois depuis à la dite dame sa femme 
que c'estoit un des plus grands plaisirs qu'il 
avoit jamais receus de la veoir en ceste résolu- 
tion, et soudain après avoir receu sa lettre, 



— 78 ~ 
l'envoya & Modb' Viret, et depuis à Genève à 
Mons' Calvin. 

Snr la fin des troubles le S' de Soubize ne 
pouvant sçavoir certaîneB nouvelles, comme 
le tont avoit passé à la bataille de Dreux ', et 
le chemin estant fort hasardeux, il envoya le 
dit Merey qui, comme j'ay dit, estoit propre à 
telles commissions, vers Mous' l'Admirai ponr 
en estre amplement adverty, luy mandant qu'il 
se pouvoit fier au dit porteur ponr luy mander 
par luy ce qu'il vouldroit, pensant bien que le dit 
S' Admirai, voyant la contenance de l'houmie, 
ne l'eust pas sans cela adverty par luy de chose 
d'importance. Le dit S' Admirai qui ne co- 
gnoiseoit point Merey, dist an partir de là : 
Si Monsieur de Soubize nem'aseenroitdeceste 
homme icy, je ne sçaurois qu'en penser, car 
je trouve qu'il parle beaucoup. Peu après vou- 
lant envoyer un espion au camp, il y envoya 
cestuy-U, et dit : Je ne m'y fierois pas, ne le 
cognoissant non plus que je fais, si on aoltre 
que Mons' de Soubize me l'avoit adressé. Mais 

' Livrée le 19 décembre 1562, avec des altematïvee 
diverses, et Bur laquelle loe bruits les plus contradic- 
toires avaient couru i, Lyou. 



— 79 — 

pnisqne cestay-là m'en assenre, je ne crain« 
dray point de m'en servir; et là dessus le dé- 
pesche pour Iny rapporter des nouvelles du 
camp, au lieu de quoy il tua Mons'^ de Guise. 

VoilA le fidct tel qu^il fut i la vérité; mais 
cenlx de Guise, qui comme j'ay dit, de long 
temps hayoient le B' de Soubize, oomme un 
de ceulz qu'ils oognoissoient s'opposer le plus 
à leurs mauvais desseins, prirent encores oeste 
couleur pour avoir occasion de manifester du 
tout leur hayne, et l'en recherchèrent de 
mesme fiiçon qu'ils firent Monsieur l'Ad- 
mirai» 

Oultre ces ennemys il eut encores de nou- 
veau Mons' de Montpensier, qui, à cause de ce 
qui fut fidct à sa souveraineté de Dombes 
(oomme il est amplement porté par les mé- 
moires de lion) , lui voulut beaucoup de mal , 
et l'en recercha tant qu'il peult, en sorte que 
neuf ans après sa mort, pendant que le siège 
estoit devant Fontenay, il s'en veulent encores 
venger sur ses maisons du Parc, Moulchamp 
et Vendrines, lesquelles, en hayne de luy, il 
tint à fort peu qu'il ne fist razer, ayant tous- 
jours en la bouche sa souveraineté de Dombes, 



dont il n'avoit sceu avoir raison durant la vis 
du dit S' de Soabize. 

Aprèa les premiers troubles, le premier 
voyage qne le dit S' de Soubize-fit à la court 
fut quand le Roy eatoit à Lion, où lia virent 
Mons^ et Madame de Savoye ', lequel voyage 
estoit trouvé fort hasardeux , de sorte que, 
mesmes en Allemaigne, on le trouvoit l'estre 
beaucoup plus que celuy que Monsieur l'Ad- 
mirai avoit auparavant faict à Paris , et disoit 
OQ que MoQB' l'Admirai ; estoit allé, ayant 
le support du Prince de Condé de qui il estoit 
proche allié, d'un connétable de France, son 
oncle, de deux mareschaulx de France, ses 
cousins , et de sea deux frères, dont l'un com- 
mandoit à l'infanterie frauçoise, et l'aultre 
avoit grand pouvoir, et si n'alloit qu'à trente 
lieues de sa maison, là où le S' de Soubize 
alloit à six vingt lieues de la sienne, sans 
tout ce que dessus, ayant les mesmes enne- 
mis que Mous' l'Admirai, et oultre ceulx là 
un prince du sang. Toustesfois combien qu'il 
n'y allast qu'avecques son train, si est ce qu'il 

' Li! tlïic EmraanQol Philibert ot sa femme MwgUS- 
rite du Fnmce, sœur de Henri II. 



— 81 — 

se trouva si fort à la court que ses ennemys 
le craignoient , car tout ceulx de la religion y 
qui y estoient en assez grand nombre , se ran- 
geoient à raccompagner, et ooltre ce tonte 
la Tille estoit à sa dévotion j à cause qu'il les 
avoit si bien traictez pendant qu'il y com- 
mandoit) qu'ils firent mesme tout ce qu'il peu- 
rent pour l'avoir pour gouverneur *. 

Qr n'avoit-il jusques là sceu perdre du tout 
l'espérance qu'il avoit eue de la Boyne, et 
combien qu'il eust entendu comme elle avoit 
essayé d'attraper Mous' l'Admirai à Sainct- 
Gtermain en Laye, et aultres traits qu'elle avoit 
faicts, si est-ce qu'il ne s'estoit point encores 
voulu persuader du tout qu'il n'y eust moyen 
de la remectre au bon train auquel il l'avoit 
veue autres fois, se voulant toujours fidre ac- 
croire que ce qu'elle avoit faict estoit plustost 
par timidité, ou par persuasion, que par ma- 
lice. Mais bien s'asseuroit-il de se résoudre la 
première fois qu'il parleroit à elle, s'il y avoit 

* Ce second séjour de Soubîse k Lyon doit se placer 
en jnin-juillet 1564, époque du passage de la cour dans 
cette ville. Voir le Discours du voyage de Charles IX, 
par Abel Jouan, dans le recueil du marquis d'Anbais , 
t. I, p. 9. 

6 



— 82 — 

encores quelque espérance; ce qu'il fit bien* 
tost, car dès qu'il eut &ict la révérence, et 
qu'il fiit entré en propos avec elle touchant la 
prise des armes , luy alléguant que ce qu'il 
avoit faict estoit par son commandement, à 
quoy elle luy réplicquoit comme elle l'avoit 
bien voijlu retenir à la court, et puis renvoyer 
chez luy; sur quoy il luy réplicquoit de re- 
chef ce qu'il luy avoit respondu (ainsi qu'il 
est touché cy-dessus) et luy disoit davantage 
qu'il ne pouvoit moins faire la voyant pri- 
sonnière avec le Boy et Messieurs ses enfiuits; 
elle appella Mons' le Connestable^ lequel 
le maréchal de Yieilleville \ qui estoit pa- 
rent et fort amy du S' de Soubize, admusoit, 
afin qu'il n'ouyst ce que le dit S' disoit à la 
Royne, et luy dist : Mais que diriez-vous, 
mon compère, que Soubize a tousjours oppi- 
nion que le Eoy elmoy estions prisonniers? 
A quoy le Connestable respondit : Je le croy. 
Madame, car s'ils n'eussent pensé cela, ils 
estoient trop bien advisez pour faire ce qu'ils 
ont faict. 

* Loyal soldat, respecté de tous les partis, entre 
les mains duquel Soubise avait remis la ville de Lyon. 



— 83 — 

Quand le S' de Soubize vit ce traict là en 
la Bojme, il fut, comme j'ay dit, tont résolu 
qu'elle ne feroit jamais rien de bien, et n'y 
en eut plus d'espérance. Oe neantmoins il ne 
laissa de parler tousjours à elle aussy libre* 
ment que de coustume , qui estoit de telle sorte 
qu'il n*y avoit homme en France qui eust la 
privante de oe fidre comme luy, s'estant telle- 
ment acquis de tout temps ceste liberté qu'il 
lacontinuoit tousjours, de sorte que ceulx qui 
le voyoient parler à elle avecques ceste fran- 
chise, et qu'elle le trouvoit bon, pensoient qu'il 
la gouvemast du tout, et plusieurs courtisans 
sur ceste opinion se sont, au partir de là, sou- 
vent venus offrir à luy. Or tardoit-il fort à la 
Boyne qu'eUe le peust faire partir de la cour, 
pour ce qu'il luy sembloit qu'il luy rompoit 
tous ses desseins , de sorte qu'elle estoit tous 
les jours à luy dire : Que faictes vous icy ? Vous 
y avez tant d'ennemys, que ne vous en allez 
vous? Et quand il luy disoit qu'il ne les crai- 
gnoit point, elle luy respondoit qu'eUe avoit 
peur pour luy. Mais, Madame, luy disoit-il, 
puisque je n'en ai point, vous ne devez pas 
plus craindre pour moy que moy mesmes; 



— 84 — 
à quoy elle luy disoit : Je le sçay bien qae 
vons n'avez point de peur, car vons avez la 
plupart de la court pour vous, et toute ceste 
ville; mais j'ay peur voua voyant icy si fort 
qa'il n'advienne de la folie. Je craina tant 
que TOUS ne faciez quelque chose. Je me 
donbtoîe bien , Madame, dit le S' de Sonbize, 
qne c'eatoit la peur que vous aviez pour moy; 
mais je u'ay rien à leur demander. Si voua 
avez tant de puissance sur eulx que voua 
dictea, défendez leur de commencer, et je vous 
promecta, aur mon honneur, que Je ne le fe- 
ray pas de ma part ; mais s'ils commencent, 
j'acheversy si à bon escient qu'il en sera mé- 
moire. 

Et pour ce qu'elle continuoît tonsjours à le 
preaser de s'en aller, il luy diaoît : C'est grand 
cas, Madame, que vous ne voulez esloîgner 
da Roy que les bons et anciens serviteurs de 
ceate couronne, et ceulx qui ont exposé leurs 
viea pour délivrer Voa Majestés de la captivité 
où vous estiez, et n'en approchez qne ceulx 
qui veulent la mine de vous et de vostre es- 
tât, tellement que si je voulois estre en vostre 
bonne grâce et estre approché de la personne 



— 85 — 

dn Bo]^, je ne tiendrois pas le chemin que 
j'ay tenu, et n'est pas faalte de sçavoir ce qu'il 
fauldroit faire pour y parvenir. Et que feriez- 
vous? dist la Boyne. Je vous prendrois prison- 
niers, dit le S' de Soubize, le Roy et vous, 
comme ont faict ceux de Guise. Je sémerois 
des libelles diffamatoires par Paris contre 
vous, pour animer le peuple , comme ils ont 
faict. Je prendrois charge de vous estouffer 
entre deux couettes, comme elle fut donnée 
à Mons' de Nemours , au Maréchal de Saint- 
André et à Bocandolphe \ Je vous menaçerois 
tous les jours, comme ils faisoient ; je me ferois 
craindre à vous comme ils font, et usurperois 
le plus d'authorité que je pourrois en dimi- 
nuant la Yostre. Je sçay bien que faisant cela 
je serois favorisé de vous. Vous ne me pres- 
seriez pas de m'en aller. J'obtiendrois tout 
ce que je demanderois, comme ils font, au lieu 
que ceulx qui ont hasardé leur vie pour vous 
délivrer de ceste tyrannie, sont reculez et mal 
voulus de vous ; mais j'aime mieux l'estre eu 

' Un de ces che& de mercenaires allemands mettant 
leur épée au service du mieux payant , m'écrit le comtq 
H. de La Ferrière. Il périt misérablement en 1563. 



~ m — 

bien faisant que d'eetre advaacé par tels 
moyena. 

Là desBns la Royne r'ioît et l'asBenroit 
qae ce n'eetoit point cela, qu'elle l'aîmoit, 
et qne c'estoit l'amitié qu'elle lui portoit qui 
Iny faisoit dire ce qu'elle disoit; qu'elle n'ai- 
nioit point ceuls de Guise, lesquels elle co- 
gnoiseoit bien , maia qu'elle eatoit contraincte 
de se feindre encores pour quelque bonne oc- 
casion qu'elle ne pouvoit dire , miùs qu'il s'aa- 
seurast que c'estoit pour quelque choee de 
bon , ce que mesmes elle disoit tous les jours à 
Madame de Savoye , laquelle le racontant au 
S' de Soubize (car c'estoit un des hommes de 
France qu'elle aimoit et en qui elle se fioit 
le plus), le dit S' luy respondit : Je ne m'es- 
tonne plua , Madame , si la Royne ne me j>eult 
dire pourquoy elle faict ce qu'elle faict puis- 
que c'est chose qu'elle vous celle. Toutesfois il 
eatoît deajà tout résolu de ne feire plus d' es- 
tât de ses promesses. 

Quand il fut prest à partir de la court il 
Tint le jour avant à la Royne , et luy dist : 
Madame, j'ay une bonne nouvelle à vous dire. 
Et quoy, dist la Royne. Je voudroîs 



— 87 — 

beau présent de vous y premier que de la vous 
dire; et ainsi s'estant fait presser assez long- 
temps , <f est y dit-il y que je m'en vais demain. 
Sur quoy la Boyne se prenant à rire ^ il luy 
dist : Je sçavois bien y Madame , que je vous 
ferois bien aise ; mais quand vous plaira il 
que je revienne ? Là dessus la Boyne luy dit : 
nous déUbérons d'aller en tel et en tel lieu 
(qui estoit tout le discours du voyage de 
Bayonne), puis nous repasserons par tels et 
tels pais, et quand nous serons en Guienne 
vers vos quartiers (qui ne pouvoit estre plus- 
tost que de deux ans) envoyez vers moy, et je 
vous manderay ce que vous devrez faire. (Test 
à dire, respond le S" de Soubize, que vous vou- 
lez estre asseurée de ne me veoir de deux ans, 
et au partir delà quand j'envoyeray vers vous, 
vous me manderez : Il y a encores un chat de 
la maison de Guise; ne venez pas, car U vous 
esgratignera. Or je vous diray, Madame, ce 
que je feray . J'envoyeray vers vous quand vous 
serez en Guyenne, puisque vous le me com- 
mandez. Mais je seray aussy tost près de vous 
que le messagier ; ce qu'U fit. Car après que le 
Roy eut feict son grand voyage de Bayonne, 



quand ilfdtiIfîoit',IeS'de Soubîze envoya 
le cappitaine Foymaïct vers la Royne , par le- 
quel il luy maodoit qu'il seroit là tout încon- 
tinent après lay, suivant ce qu'il luy avoit 
dict partant de Lion. Et de faict la vint 
trouver an dit Miort avecqaea une fort belle 
trouppe, estant entre autres accompaigoé des 
plus apparents de la noblesse de Foictou , et 
alla josqnes à la Kocbelle, là où sa trouppe pa- 
raiâsoit plus que tout le reste de la court, dont 
mesme Mous' de Moutpeueier se plaiguoit, 
disant qu'il estoit mieu^ accompaigné que les 
princes du sang, comme aussy il s'estoit plaint 
à Lion de ce qu'il passoit tous les jours devant 
son logis avec si graude compaignie , dont 
tout'esfois le S' de Sonbize ne s'estoit voulu 
désister, non plus qu'U fit de e'accompaigner, 
ponr les plainctes do dit S' de Montpensier. 
Au retour de la Rochelle, il revint chez 
luy, et dist à la dame de Soubize, sa femme, à 
laquelle il communicquoit tous ses plus im- 
portans affaires, l 'ayant cogneue digne de cela, 
et les 81,'achaut tellement celler qu'elle eust 

' La cour y passa trois jours, du 17 a» 20 sep- 
tembre 1665, et se rendît ensuite à la Bocbelle. 



— 89 — 

mieux aimé mourir que d'en déclarer la moin- 
dre choBe du monde y qu'il voyoit bien, veu la 
façon dont toutes choses se gouvemoient, qu'il 
seroit nécessaire de fidre ce que depuis on 
&illit à exécuter à Meaux, qui estoit de se 
saisir de la personne du Boy, et l'ester des 
mains de ceux qui taschoient à se servir de son 
authorité pour un temps affin d'accroistre la 
leur, et se fiûre à la fin Bois, s'ils pouvoient; 
partant au contraire estoit besoing de les recu- 
ler d'auprès de sa personne et d'en approcher 
les princes du sang et vrais serviteurs de la 
Couronne, pour bien instruire le Boy, en sorte 
qu'il fust un jour tel que doibt estre un prince 
vrayementclireBtienetvertueux. Vrayest que 
le tout estoit de faire si bien l'entreprise qu'on 
n'y faillist point, car s'il advenoit qu'elle 
fdst faUlie, c'estoit la ruyne de l'Estat. Cela 
avoit-il deslors en l'entendement, comme de- 
puis l'a dict la dite dame de Soubize, sa femme, 
ce qu'elle n'a jamais révélé que depuis sa 
mort, et suivant ceste proposition, fdt ce qui 
depuis, comme dict est, ftit failly à Meaux \ 

* La retraite de Meaux, prélude de la seconde guerre 
civile, eut lieu le 29 septembre 1567, un an après la 
mort de Soubise. 



Cependaut voyant les affaires en tel estât 
et les troubles qui se préparoieut, il se faschoit 
et tourmentoit le plus du monde, craignant 
de ne pouvoir autant servir qu'il eust désiré, 
à cause de son indisposition, poor ce qu'il y 
avoit desja deux ans qu'il commençoit à se 
sentir de la maladie dont il mourut, qni estoit 
ime jaunisse, qui & la fia se convertit en hj- 
dropisie, dont 11 estoit desja lors fort mal, 
oe que les médecins qni le virent ouvrir après 
Ba mort, attribnoient à poison, et avoient oppi- 
nion qu'il avoit esté empoisonné d'une poison 
longue et à temps, an second voyage qu'il fit 
à Lion, pour ce que depuis cela il n'avoit ja- 
mais faict son profit, et estoit tonejours allé 
eu empirant, 

Bientost après il alla trouver la court à 
Ohasteaubriant', où il eust plusieurs propos 
aveoqaes la Eoyne de la Religion, de laquelle 
il luy parla fort avant, jusques à luy ramen- 
tevoirle temps qu'elle feignoit enestre, ce qu'il 
fit par plusieurs fois. Mais entr'antres un soir 



' On 7nît par la relation d'Âbel Jonan que la conr 
y séjutuna du 16 octobre sus premiera jouia de uo- 



— 91 — 

qu'il estoit demeuré en son déshabiller, elle 
{Nrist, après estre descoiffée, des pseaomes en 
latin (ce qu'elle a accoustumé de faire tous 
les jours et d'en lire deux ou trois ). Dans les 
dits pseaumes il 7 avoit de petites images 
peinctes, l'une desquelles elle approcha au 
S' de Soubize pour la luy fiûre baizer, lequel 
s'estant reculé, elle luy dist : Vous penseriez 
estre damné si vous aviez baizé cela. Non ferois, 
Madame, respondit-il ; mais ce sont des sottizes 
àquoy je ne croy point, comme je sçay qu'aussy 
ne fSEÛctes-YOUs. Si fay par ma foy, lui dist la 
Boyne. Ce n'est pas à moy, Madame, luy dist 
le S' de Soubize, à qui vous devez desguiser 
cela. Pensez-vous qu'il ne me souvienne plus 
du temps que vous estiez de la Béligion, et 
que vous nous en parliez ouvertement? Mais 
quoy qu'il y eust, dist la Boyne, j'allois tous- 
jours à la Messe. Ouy, Madame, respond le S^de 
Soubize, par crainte du Roy vostre beau-pere et 
du Boy vostre seigneur, mais non pas que vous 
la trouvassiez bonne. Par ma foy, si faisois, dit 
la Boyne. Pardonnez, Madame, dist le S*" de 
Soubize, si je ne vous puis passer cestuy là, car 
vous sçavez bien combien de fois je vous ay ouy 



— 92 — 

dire qu'elle ne valloît rien et que voua y alliez à 
grand regret. Or bien, dist la Boyne, mais tant 
y a qne je ne m'y sme paB fondée si avant qne 
vous, et quand vous n'eussiez point esté plne 
avant qne moy, vona en eussiez mieux faict 
Mais vous voulez arraclier toutd'nn coup avec 
ce glaive àdeux tranchans. Ce seroit le meilletir 
de le faire peu à peu. Nous ne voulons, dist le 
S' de Soubiae, arracher que le mal, leqnel il ne 
se fault point contenter d' ester à demy. Non, 
non, dit la Royne, vous feriez mieux d'en oser 
comme moy. Aussy vous voyez comme Dieu 
m'ayde, et comme il m'a délivrée des manlx 
que j'ay eus pour me faire les grâces qu'U m'a 
faict. Au contraire voue n'avez que du mal. 
Regardez comme vous estes malade. Vous avez 
desjà le col tout jaulne. A quoy le 8 ' de Sob- 
bize luy respondit : Madame, les plus grands 
maolx que j'ay soufferts ont esté pour vous 
délivrer de la misère et captivité où le Roy et 
vous estiez, lesquels je plains si peu, que j'es- 
timerois ma vie avoir esté bien employée pour 
cest effect Quant aux autres afflictions, ce sont 
les marques des enfants de Dieu ; et là dessus 
il prit occasion de luy dire une in 



— 93 — 

belles choses tant pour ce qui concernoit la 
Beligion que sur le faict de Testât des partis. 
De là il retourna chez luy estant desja fort 
mal. 

Tontesfois il ne laissa d'aller encores tronver 
la court à Moulins dont il ne revint que cinq 
mois avant sa mort \ laquelle luy cuyda en- 
cores estre hastée là, à cause que ceulx qui ont 
esté les autheurs du massacre qui est depuis 
advenu, l'avoient dès lors entrepris , et résolu- 
rent de l'exécuter audit Moulins, à cause que 
tons les prindpaulx chefs de ceulx de la Beli- 
gion y estoient, hors mis Mons' d'Andelot, 
lequel je ne suis pas bien asseuré qu'il y fust. 
Mais tant y a que depuis les troubles ils n'en 
avoient sceu tant assembler que lors, qui 
leur fit resouldre de s'en desfaire tout à la 
fois ; et desjà le maréchal de Bourdillon et le 
comte de Brissac, qui en avoit la charge , es- 
toient entrés en la chambre de la Boyne (qui 
cependant se devoit retirer dans un cabinet), 
estant armez de maille par dessoubs , et devoit 
le comte de Brissac prendre une querelle d' Al- 

* C'est-à-dire en avril 1666. La cour étoit arrivée 
dans cette ville le 25 décembre précédent. 



lemaîgne contre Mons' le Prince, pour aroîr 
occasion de mettre la main à l'espée avec cealx 
qui estoientattitrez pour ceste exécution. Mais 
il prit une eoudaine penr à la Royue, comme 
encoree elle luy prit semblable à la Saint-Bar- 
thélémy, de sorte qu'elle empescha lors que 
l'entreprise ne fust exécutée, ce qu'elle voo- 
loit de mesme faire au dernier massacre, de 
frayeur qu'elle avoit , sans qu'on luy diat que 
Monsieur l'Admirai estoit desjà mort '. 

An retour du voyage de Moulins le S' de 
Soubize retourna chez luy, estant desjà fort 
mal, de sorte que ceulx qui le voyoient n'es- 
peroient plus qu'il peuat vivre, ce que luy co- 
gnoissoit mieux que personne, et comme j'ay 
dit, ne se faschoit sinon pour la peur qu'il 
avoit, s'il advenoit quelque affaire, de ne pou- 
voir servir, comme il eust désiré, combien 
qu'il se réaolust, comment que ce fust, de se 
faire traîner en qnelqne Hen, soit en noe ar- 

' Qne devient en [iréBence d'an teste anssî positif 
la théee de la non préméditation de la Saint- Baithé- 
lemyï Le maEsacie du 24 août 1572 ne fat que l'exé- 
cution en grand, aur un théâtre pins propice, d'un projet 
depuis longtemps conçn et conforme à la triple înapi- 
ration de la cour, de Rome et de l'Espagne. 



— 93 — 

mée ou en tine ville, où il peust achever d'em- 
ployer ce peu de vie qui luy restoit au service 
de Dieu et de sa patrie. Cependant il s'esta- 
dioit à couronner le reste de ses gestes par une 
mort digne de la vie qu'il avoit menée, se 
rendant de plus en plus assidu à ouir la pa- 
role de Dieu , et à le prier et invocquer non- 
seulement en public mais en son particulier, 
demeurant tous les jours quatre ou cinq heures 
enfermé dans son cabinet à prier Dieu et à 
lire en sa paroIe« Quand il voyoit ses amis il 
les consoloit de sa mort, laquelle il leur disoit 
à tous qu'il sentoit tous les jours approcher, 
hors mis à la dame de Soubize, sa femme, à 
laquelle il ne le voulut jamais dire, et les 
prioit tous de ne le luy dire point pour l'appré- 
hension qu'il avoit de son ennuy; mais à tous 
ses aultres amis il les prioit de ne s'attrister 
point, et de considérer l'heur qu'il estoit près 
de recevoir, avec une infinité d'aultres belles 
choses que la pluspart ont depuis récitées. 

Mesme fort peu auparavant il escrivit une 
lettre à Mons' le cardinal de Chastillon, par 
où il luy disoit adieu pour la dernière fois, et 
Iny mandoit qu'il perdoit en luy un des meil- 



leurs amis et serviteurs qu'il enst en ce monde, 
ce que le dît S' cardinal diat incontinent qu'il 
sceust sa mort, et monstra la lettre à ceulx qui 
eatoient près de luy. 

Ëncores la semaine avaat qu'il moumst, 
envoyant un gentilhomme vera Mons' de Mar- 
tiguee ' , comme le gentilhomme Inydemandast 
en partant s'il vouloit plue rien luy comman- 
der, il luy dist tout anssy en riant que s'ileust 
parlé de quelque voyage qu'il eust eu à faire : 
Dictes à Mons'' de Martigues que s'il vent 
mander quelque chose en paradis, que je suis 
prest d'y aller; et comme le gentilhomme 
monstrast estre fasché de ce qu'il luy ouyoit 
tenir ce langage, le S' de Soobize lai dit : Ne 
faillez pas aie luy dire, et que je luy mande cela 
pource qu'il ne sçauroit trouver messager plus 
aaseuré que moy, et que s'il y a quelque af- 
faire, qu'il faut bien qu'il la commecte à un 
aultre, pource que quand à luy il n'ira jamais, 
mais qu'il se haste, car je suis pressé de 
partir. 

' SébaBtien de Lusembouig, seignenr de Martigues, 
grand ami du duc de MoutpeDsicr et grand ennemi dcn 
liugiiciiots. 



— 97 — 

Or ne fost il arresté an lict que dix-hnict 
ou yingt heures avant qu'il mourut, de sorte 
que le samedy dont il mourut le dimanche, il 
estoit près d'onze heutes du matin qu'il se 
promaoïoit encoresavecun gentilhomme lorrain 
qui avoit épousé une de ses niepces, fille de 
Monsieur de Pons, nommé le S' de Besicourt, 
avec lequel il avoit discouru deux grandes 
heures d'affidres d'Estat, dont il estoit tenu 
pour sçavoir aussy bien parler qu'homme de 
France, de telle £içon qu'un sien secrétaire 
qui le suivoit, disoit ne l'avoir jamais ouy 
mieux parler. Au partir de là, il revint, se 
trouvant plus mal que de coustume et se mict 
au lict Toutesfois il ne luy empira bien fort 
que sur le soir, qui luy dura toute la nuict 
jusques au lendemain matin , tousjours vou- 
lant qu'on luy parlast de Dieu et qu'on luy 
fist la prière. 

Environ un quart d'heure avant mourir, il 
voulut voir sa fille pour luy donner sa béné- 
diction, avant partir de ce monde, puis la fit 
retirer, et un quart d'heure après rendit l'es- 
prit, ayant dist pour la dernière parole : Mon 
Dieu, je recommande mon ame entre tes mains ; 

7 



et (qui est nne chose incroyable) la dame de 
Soubize eut la constance de demenrer auprès 
de lu7 et de le consoler josques à l'article de 
la mort, ce qu'elle eust jnré peu d'heures an- 
paravaut estre hora de sa puissance; mais elle 
s'y contraignit de ceste façon ponrce qu'elle 
voyoit qu'il avoit plaisir qu'elle y fust, et qu'il 
oyoit pins volontiers ce qu'elle luy disoit que 
ce que les autres luy pouvoient dire. Je tous 
laisse à penser si au partir de là elle demeura 
désolée, et si elle eut besoing des consolations 
qui luy furent adressées ', 

Le jour qu'il mourut fut un dimanche, le 
premier de septembre 1 566. Le lendemain Bon 
corps fnt porté à Moulchamp, paroisse du lieu 
où il fut enterré. Là où se trouva une tellequan- 
tité de noblesse pour l'accompaigner à la sé- 

' Voir dans le Bulletin du ProtsitantUme français 
(t. II, III et V) les lettres consoktoirea adressées à bb 
venve pat les plus iUuatres personnages du puti, 
Jeanne d'Albret, Coligny, Charlotte de Laval, Char- 
lotte de Roye, Théodore de Bèze, etc. Entre ces êpîtrea 
diversement touchanteB, celle de Coligny brille d'on 
singulier écJat. {Bail., i. II, p. 550). 

Oïl peut lire également dans le Bulletin (t. Xtll, 
p. 306-313) le testament do M°<* de Soubise, doté de 
Iii Bnchelle IG août 1570. 



— 09 — 

pultare qu'il estoit incroyable qa^en si peu de 
temps on en peust assembler tel nombre. Et 
ceste mesme sepmaine plus de cinq cens gen- 
tilshommes vinrent s'offrir à la dame de Son- 
bize, sa femme, en mémoire de luj, de sorte que 
chacmi disoit que puisqu'on corps mort pou^ 
voit mettre si tost tant de gens ensemble, que 
e*est quMl enst peu faire estant vif. 

Si vous trouves bon de dire quelque chose 
de l'humeur dudit feu B' de Soubize, il estoit 
d'un naturel fort doulx et pitoyable, combien 
que ceulx qui le voyoient de prime abordée, le 
jugeassent mal accostable, ce qui venoit à ca^se 
qu'il n'âvoit pas à tout le monde ce grand ^ac* 
cueil et ceste chère ouverte qu'ont quelques un», 
et ne prenoit plaisir à offrir à personne que ce 
qu'il vouloit tenir, joinct qu'il avoit une façon 
grave et une grande maiesté, tellement qu'il 
avoit plustost la mine d'un roy que d'un simple 
gentilhomme. Mais aussy ceulx qui le cognois- 
soient fitîsoient plus d'estat d'une parole qu'il 
leur avoit dicte que d'une douzaine d'embrassa* 
des d'un autre; et pense pouvoir comparer son 
naturel à ce que j'ay quelquefois leu de Pompée,' 
duquel on disoit que la gravité naturelle qu'il 



— 100 — 
avoît n'estoit point fascheuse, aios eetoit sa 
compagnie et conversation &miliëre fort plai- 
sante et agréable ; ce qne le S' de Soubize avoit 
Bemblablement, car pariny ses familiers amis, 
il estoit d'ane conversation si douce et aggréa- 
ble qu'il ne se faisoit moins aymer d'eux que 
craindre de ses ennemys. 

Au reste il eatoit homme véritable et droic- 
turier, qui ne manquoit jamais où il avoit 
promis amitié, et qui n' estoit point à racoin- 
ter; qui ne pouvoit applicquer son esprit à 
petites choses , mais falloit qu'il l'euat tous- 
jours occupé à quelque cliose de grand. H estoit 
fort malaysé à surprendre, à cause qu'il estoit 
vigilant, et mesmes dormoit fort peu, em- 
ployant une grande partie de la nuict à dépes- 
cher affaires, de sorte qu'encores qu'il feust 
à sa maison, il ne se couchoit qu'à minuict, 
et se levoit à quatre on cinq heures , employant 
le soir et le matin à faire depesches, ou à autres 
occupations nécessaires, dont il avoit tousjours 
assez, et ne s'en trouvoit jamais lae, pourveu 
que ce ne fussent point affaires de sa maison, 
cardeceulx là il n'en vouloitjamaisouir parler, 
et s'en remectoît du tout sur la dame 



— 101 — 

bize sa femme, ne pouvant se soucier que de 
celles de dehors et qui importoîent le généraL 

n estoit au demeurant un peu long à se 
resouldre. Toutesfois quand la nécessité pres- 
soit, il prenoit sa résolution promptement, 
de sorte qu'à faulte de cela il n'a jamais perdu 
une bonne occasion. Mais s'il avoit le loisir il 
vouloit toigours prendre du temps pour y 
penser, afin de se resouldre à propos, et de 
n'estre point après contrainct à changer. Oultre 
tout ce que dessus, il avoit la crainte de Dieu, 
qui est plus à priser que tout le reste, en la- 
quelle il a tousjours vescu et persisté, comme 
a esté dit, jusques au dernier souspir de sa vie. 

Je vous ay bien voulu dire ce que dessus en 
passant, touchant l'humeur du S' de Soubize, 
à cause que je voy que c'est une des choses 
que les historiographes qui escripvent les vies 
de quelques uns , recerchent aussy dilligem- 
ment, jusques à remarquer leur forme, leur 
stature, et les traicts et linéaments de leur 
visaige, mectans pour cest effect leurs effigies 
et médailles au commencement de leurs livres. 



APPENDICE. 



I 

Au Roy. 

Panne, 6 janvier 1555. 

Sire, encores que je pense que vous serez plus 
dilligemmentadvertj des choses de Sienne, et que 
les nouvelles que je vous en manderay vous pour- 
ront estre vieilles, je n'ay voullu toutesfois lais- 
ser, estant présentement arrivé un homme que 
Mons' le Duc de Parme y avoit envoyé, de vous 
&ire ceste dépesche pour vous faire scavoir les 
nouvelles qu'il en a apporté, pour lesquelles mieulx 
entendre. Sire, sans vous ennuyer d'une trop lon- 
gue lettre, je vous envoyé les copies d'une lettre 
que le Gavalcant escript à Mons' le Duc de Parme, 
et d'une que Mons' de Montluc escript à Mons' le 
maréchal de Brissac, par lesquelles vous congnois- 
trez l'espérance qu'ils ont de la batterie et du se- 
cours, Toutesfois, Sire, par la lettre dud. Gavai- 



— 104 — 

cant il monstre avoir eu un adveriissement qui 
ne s'accorde pas avec l'oppinion qu'ils ont de la 
dicte batterie, qui est qu'il ne vient point d'ar- 
tillerie de Florence, et que le Marquis ' veut mettre 
celle de Montepulcian dedans les forts, avecques 
les batailles du Duc de Florence, comme je vous 
aj mandé par ma dernière dépesche, qui est à 
mon oppinion la plus croyable, car je scais certai- 
nement que led. Marquis est fort sollicité du Fi- 
guerol de venir secourir Testât de Milan. 

J'ay envoyé en lieux dont j'espère estre adverty 
de bonne heure de ce qu'il fera, ce qui nous est 
bien nécessaire de scavoir, tant pour penser à nous 
que pour en advertir M' le Mar** de Brissac, le- 
quel avoit envoyé icy pour en scavoir, et luy en 
ay aigourd'huy âdt entendre ce que nous avons 
eu, et le loisir qu'il aura de faire quelque chose de 
bon, s'il en a le moien, si le marquis met son ar- 
tillerie en batterie ; car, à ce que m'ont dit ceux qui 
congnoissent le pays de l'entour de Sienne, il ne 
s'en scauroit retirer et mener en lieu de seuretéen 
15 ou 20 jours, qui est une autre raison pour 
croire qu'il ne le fera pas, dont j'espère advertir 
led. S^ Mar^ de Brissac de bonne heure, si ainsy 
est qu'il ne le face et qu'il s'en vienne de deçà. 

Je vous envoyé aussy. Sire, la copie d'une lettre 
escripte par un capitaine du Marquis en laquelle il 

* Medichino, marquis de Marignan, général de 
Charles-Quint et du duc de Toscane. 



— 105 — 

discourt en grand nombre de paroUes le peu d'ef- 
fect qu'ils feirent en Tassault par eschelles qu'ils 
donnèrent à Sienne la nuit d'après le jour de 
Noël, où ils perdirent plus de 300 hommes, dont 
les lettres du S' de Montluc et du Cavalcant ne 
font aucune mention, pource que le porteur partit 
la mesme nuit et un peu avant lad. escalade, la* 
qv.elle il m'a conté avoir veue et ouye d'une vigile 
où. il s'arresta quand il en ouït le bruit, et dura 
plus de deux grandes heures. 

J'aj parlé aujourd'huj à un homme venant de 
Florence qui m'a dit que la nouvelle estoit venue 
aud. Florence, cependant qu'il j estoit, qu'il y 
estoit mort mil ou douze cens hommes, de quoj 
le Duc a porté un ennuj extresme, et n'a sceu, à ce 
qu'il m'a dit, en huit jours qu'il y a séjourné, veoir 
led. Duc, pource qu'il n'a jamais bougé d'une 
chambre enfermé, et disoit on par la ville que son 
plus grand ennuy estoit pource que le Marquis 
voulloit lever le camp; et pour confirmation de 
cela il m'a dit certainement que les batailles du 
Duc ont esté commandées. 

Sire, la neige et le maulvais temps qu'il a fait 
nous a empesché d'exécuter ce qu'il vous a pieu me 
faire entendre par Mons' le Duc de Parme; mais 
j'espère que ce sera fait dans 12 ou 15 jours, si le 
temps le permet et le passaige de l'armée du Mar- 
quis ne nous empesché; j'ay espérance de vous 
en mander bientost de bonnes nouvelles. 

Sire, je vous supplie très humblement me con- 



— 106 — 

iinuer pour toute ma vie en vostre bonne grâce 
et souvenanoe» selon que le mérite Taffeciion et 
celle que j'aj de vous faire serrioe» pour lequel je 
n'espargneraj jamais le hasard de ma vie» ni le 
peu de bien que Dieu m*a donné; lequel je supplie. 
Sire, vous donner en parfedt contentement et 
prospérité très heureuse et très longue vie. De 
Parme, le 6** jour de janvier 1564 *. 

Yostre très humble et très obéissant subject 
et serviteur, 

SoumzK. 

(Copie. Fonda firançait, toI. 10841, fol. 8.) 



II 



Au Roy. 

Parme, 24 janvier 1555. 

Sire, je vous ay ces jours passez fait entendre 
par le courrier que Mons' le Duc de Parme a dé- 
pesché devers vous, respërance en quoy nous es- 
tions d'exécuter bientost l'entreprise que il vous 
a pieu commander. Mais s'y estant trouvé une 
difficulté telle qu'il vous plaira, Sire, escouter 
et croire de ce porteur, led. S' Duc et moy avons 

* On sait que Tannée commençait alors à Pâques; 
nouveau style : 1555. 



— 107 — 

esté d'advis de le vous dëpeedier en dilligence 
pour le vous faire entoidre» affin. Sire, que voëtre 
plaisir soit ordonner ce qu'il vous plaira j estre 
fidt, pour y suivre entièrement vostre volonté, 
vous suppliant trôs hujn'blement, Sire, croire que 
le plus grand désir que j'aje en ce monde est, par 
le hasard de ma vie ou autrement, vous pouvoir 
fidre quelque bon service par lequel vous puissiez 
cognoistre le zèle et affection que j'ay à vous. 
Sire, et à vostre grandeur. Et le plus grand ennuy 
que je puis maintenant avoir, c'est de m'en voir 
le moyen pour ceste heure perdu ou pour longtemps 
différé, qui me fera, Sire, très humblement vous 
supplier, si vous n'avez intention de fiedre ceste 
année la guerre de par deçà, ne me vouloir laisser 
en ce lieu inutille, et me pardonner si en cela je 
prens la hardiesse de vous sommer de la promesse 
qu'il vous a pieu m'en faire, et n'estre mesoontent» 
Sire, si par adventure je commence trop tost 
à vous rementevoir ceste promesse; car ce qui 
m'a donné ceste hardiesse est la peur que j'ay que 
vous l'oubliez, et l'espérance aussy que j'ay en 
Dieu, si j'ay cest heur d'estre employé en quelque 
bon lieu près de vostre personne, ou ailleurs où 
il vous plaira me commettre, qu'il me fera la 
grâce de vous fedire quelque bon service, ou mourir 
ea m'efforçant de le faire, dont je le supplie très 
humUement, et de me continuer pour toute ma 
vie en vostre bonne grâce. 
Sire, je prie Nostre Seigneur qu'il vous doint 



— 108 — 

en pro^ritétrè» heureuse et très longue vie. 
De Fanne» le 24 janvier 1564. 

Yostre très humUe et très obéissant subject 
et serviteur» 

SOUBIZB* 
(Copte, foL 12. IHdenu) 



III 



A Monsieur le CannetaNe. 

Psarme» 24 janvier 1565. 

Monsdgneur» depuis le partement du courrier 
que Monsr le duc de Parme a depesché devers le 
Roj et devers vous, il s'est trouvé une difficulté 
en l'exécution de nostre principale entreprinse, 
qui nous empesche de la pouvoir exécuter si tost 
que nous espérions, et qui m'esloignoit grande- 
ment l'espérance qu'elle peust jamais prendre 
bonne fin, sans un autre expédient que nous y 
avons trouvé, qui nous donne grande apparence 
de debvoir encores espérer quelque bonne issue, 
et plus briesve que nous ne le pensions, quand 
Mons' le Duc et moj commençasmes la dépesche 
de ce porteur, duquel. Monseigneur, il vous plaira 
entendre led. empeschement et remède, et l'inoei^ 
titude du temps de l'exécution, ensemble les pro- 
visions qui sont nécessaires, tant de mimitions et 
vivres que de pouldres et boulets. Mesmement 



-• 109 — 

s'il plaict à sa Majesté et à vous que la guerre se 
rompe de par deçà» vous suppliant. Monseigneur, 
très humblement nous en faire scavoir sa volonté 
et la Yostre par ced. porteur; car led. S^ Duc et 
moj avons résolu de ne rien entreprendre jusques 
à son retour, quelque dépesche que nous apporte 
son courrier, pour la raison que ced. porteur vous 
dira, lequel» Monseigneur, je pense avoir si lâen 
instruit de Testât des afGedres de par deçà, et de 
toutes les choses dignes de vous &ire entendre, 
que je ne vous en ennujeraj de plus longue lettre, 
vous suppliant très humblement le croire et me 
tenir pour toute ma vie en vostre bonne grâce, à 
laquelle je présente mes très humbles recomman- 
dations, et prie Dieu, Monseigneur, qu'il vous 
doint en santé très bonne et très longue vie. De 
Parme, ce 24 janvier 1554. 

Monseigneur, Serres vous envoyé un estât des 
munitions des bleds de Parme et Parmesan par 
lesquelles vous cognoistrez qu'elles sont bien pe- 
tites. Il vous plaira ordonner là dessus vostre vo- 
lonté. 

Yostre très humble et très obéissant 

serviteur. 

SOUBIZE. 

Au dos : 

A Monseigneur, 

Monseigneur le Duc de Montmorency, Pair et 
Connestable de France. 

(Copie, fol. 13. Ibidem.) 



— 110 — 



IV 

A Mànaieur le CanneÊahle. 

Purme, 29 mars 1665. 

Monsdgnenr, j'aj reeea à Ferrare, retournant 
deVenise» les lettres qu^ a pieu an Roj et à Yons 
m'escripre da 7* dn présent, et yen par celles de 
Sa Majesté le maloontentement qu'il a de l'instance 
que j'aj fiiite pour Taugmentation des rivres et 
munitions de Parme. Je suis. Monseigneur» fort 
ennu jé de lu j avoir esté et à tous en cela impor- 
tun, et s'il luj eust pieu, dès le commencement 
que lui en escripviezy m'ai &ire entendre sa to- 
lonté, il n'en eust plus ouj parier; vous suppliant. 
Monseigneur, croire que quoique j'en aje escript 
à l'instance de Mons' le Duc de Parme, je n'aj tou- 
tesfois faillj de luj fedre tousjours les remons- 
trances que j'aj sceu, pour luj &ire congnoistre les 
obligations qu'il a à Sa Majesté, et combien elle fidt 
pour luy plus qu'elle n'est tenue par ces capitula- 
tions, ce qu'il m'a tousjours advoué çt démonstrë 
fort bien recongnoistre, et mesmement à ceste 
heure a receu mesd. remonstrances le mieulx que 
je l'eusse sceu désirer, résolu de se contenter tous- 
jours de ce qu'il plaira à Sad. Majesté. 

Monseigneur, vous verrez par la lettre que j'es- 
crips à Sa Majesté l'espérance en quoj nous som- 



— 111 — 

mes de pouvoir exécuter l'entreprinse de Plai- 
Bmce, de laquelle je pense vous donner plus grande 
asseurance dans peu de jours ; mais que j'aie parlé 
aa mounier qui sera icy dans douze jours, et après 
ravoir ouj parler» nous prendrons résolution 
d'exécuter la chose incontinent ou bientost après, 
on du tout n'en parler jamais. 

Vous verrez aussj» Monseigneur» les propos 
^e le S' de Piombin a tenu aud. S^ Duc de Parme 
et à moj» et les demandes et promesses qu'il fiiit 
pour Mitrer au service de Sa Majesté» lesquelles 
je vous envoje. Je m'asseure bien» s'il vous plaist 
que l'on eia rabatte» que c'est chose qui se pourra 
faire. Il vous plaira» Monseigneur» m'en faire ^- 
tendre la vol<»ité de Sa Migesté et la vostre» car 
j'en suis fort sollicité. 

J'aj le tout fait entendre à Mons' le Mar^i Strozi 
qui désire bien d'exécuter lad. entreprinse, comme 
vous» Monseigneur» entendrez par les lettres que 
le capitaine Nicole de Piombin vous en escript» 
qui est celuj qui m'envoje ce négoce pour Içd. 
Seigneur de Piombin» et dist estre bien congneu 
de vous dès le temps que feu Mons' de Lautroc 
alla à Naples» et qu'il s'asseure bien que vous le 
croirez de ce qu'il vous dira ou escripra. 

Je ne veulx aussy» Monseigneur» faillir à vous 
dire qu'un autre m'est venu trouver qui a autre- 
fois servj le feu Roj» et depuis les Impériaux» 
qui m'a o£fert de me mectre entre les mains la for- 
teresse de Soasin» et ne mect rien moins en gaige 



— 112 — 
que sa teste. Maie aprds avoir un peu examiné des 
moyens qu'il y voudroit tenir, j'aj trouvé peu de 
vrajGimilitiide. Mais quand les raisons lu; def- 
faiUent, il n'offre sinon qu'on luy coupe la teste 
au cas qu'il &ilk. Je lui ay promis de vaus en 
advertir, et que après je luy en ferais reeponce. 
Il vouldroit seulement que on luy foumist de cent 
cinquante hommes pour exécuter son entreprinse; 
mais ce n'est pas chose sur quoy je lace grand 
fondement. 

Monseigneur, suivant le commandement qu'il 
vous plaist me faire par vosd. lettres, je vous en- 
voyeray dans deux jours l'ingénieur qui estoit 
icy, avec lequel Mons' le Duc de Parme a accordé 
son estât  soixante francs par mois, à quoy il 
a conaenty, à ce qu'il m'a dict, sur l'espérance que 
vous luy ferez faire autre bien, après vous avoir 
fait service. Je pense. Monseigneur, que après 
avoir veu quelque expérience des choses de la 
guerre, vous vous en trouverez bien servy, car 
j'ay veu de fort bons desseings de luy. Ledit S* Duo 
a envoyé quérir l'autre plus sufSsant, dont je vous 
ay esoript & Urhîn, là où il demeure. Mais que il 
soit venu, je mettraj ordre à. le vous envoyer in- 
continent. 

Au demeurant. Monseigneur, suivant ce que 
je vous ay par cy devant escript, je vous envoyé le 
compte do l'artillerie faite à Parme par le fondeur 
auquel vont tous les mois les trente neuf payes, 
pour se rembourser de ses advanoes. 



— 113 — 

Monseigneur, les nouvelles de la mort du pape ^ 
ont donné grande espérance aux serviteurs du 
Roy d'augmentation de &veur aux affaires de Sa 
Migesfé et de secours aux pauvres Siennois, pour 
le grand appuj que le Duc de Florence avoit de 
luj. Mais il y a bien dangier que Messeigneurs 
les Cardinaux français ne puissent arriver à tempe 
pour la création du pape nouveau» car les Impé- 
riaux font toutes les dilligences qu'ils peuvent 
pour Sedre entrer les Cardinaux en conclave» affin 
que les François n'y puissent estre à temps. Je prie 
àNostre Seigneur qu'il vous en donne un bon et 
fsvorable à la grandeur et aux aflàires du Roy» 
et à vous» Monseigneur» en santé» très heureuse 
et très longue vie» et à moy vostre bonne grâce à 
laquelle je présente mes très humbles recomman- 
dations. De Parme» ce 20* jour de mars 1554. 

Yostre très humble et très obéissant 
serviteur» 

SOUBIZE. 
(Copie, fol. 99. Ibidem,) 

* Le pape Jules III, décédé le 24 mars 1555, eut 
pour successenr Marcel Cervin , qui ne fit que passer 
sur le trône de saint Pierre. 



8 



Parme, 4 mai 1555. 

Monseigneur, depuis le partement de Monte- 
nierte je n'ay eu aucunes nouvelles de M' le Maré- 
chal Strozi, respondantes aux lettres que je Inj 
escripvia par Gaesot, par lesquelles je luy âuBois 
entendre la principale occasion qui nie retenoit icy 
et l'indisposition en quoy j'estois, le suppliant 
toutesfois s'il congnoissoit avoir beeolng; de mo; 
plus important pour le service du Roy, de m'en ad- 
vcrtîr incontinent, et que toutes choses laissées, je 
ne fauldrois de l'aller trouver. J'attendois la res- 
ponse deux jours après le partement dud. Monte- 
merle, qui me fiiit penser ne l'ayant eue, que sans 
faire fiiute au service de Sa Majesté, je puis at- 
tendre le retour du courrier de Mons' le Duc de 
l'arme, lequel nous espérons îcy dans deux ou 
trois jours au plus tard. 

J'espère que ma demeure (pourveu que Sad. 
Majesté et vous l'ayez eu agréable) m'aura beau- 
coup servy pour me rendre plus apte à ses ser- 
vices, m'estant fortifié de quatre ou cinq accès do 
flebvre tierce que j'ay eu, dont j'ay perdu ung 
terme, de sorte que j'espère de cestc heure pouvoir 
porti-r tous les travaulx nécessaires pour sond. 




— 115 — 

seryice. Et quand à nostre entreprinse de deçà nous 
délibérons de la tenter, si par led. courrier vous 
nous envoyez le congié, laquelle ne fut, selon mon 
advis, en meilleure espérance ne si bonne que 
maintenant, pourru que le monujer ne nous &ce 
point de meschanceté. Et pour vous en asseurer, 
j'aj été d'advis que oultre son fils qu'il a baillé 
en ostage, que luj mesme soit retenu, quand nous 
irons effectuer lad. entreprinse, qui pourra estre 
entre le 15* et 20* de ce mois, pource que demain 
sera le jour que Ton mect l'eau dedans les prés, et 
dans quaU*e jours ayant le capitaine Francisque de 
Pise [on pourra] reconnoistre le lieu et entrer de- 
dans» pour veoir combien Teau aura baissé, et le 
moyen qu'il y aura de la fedre baisser davantaige; 
et luy de retour, selon son rapport, nous la tente- 
rons ou du tout la lairrons. 

Je pense que l'effect pourra suivre environ le 16 
on 17, qui est le plus tard que l'on peut attendre, 
oe que nous âdsons tant pour donner plus de temps 
à l'eau de se baisser que par la commodité de la 
luné. 

Monseigneur, vous verrez par la lettre que 
j'escrips au Roy la belle ambassade que le Duc de 
Florence a fait faire à Mons' le Duc de Parme, et 
la bonne response qu'il luy a faite, qui me gar- 
dera de vous en &ire reditte. Seulement vous 
diray, Monseigneur, que je n'ay encores congneu 
en luy une seule apparence de vouloir jamais 
estre autre que très âdèle serviteur du Roy, et 



— ne — 

me semble luy avoir tousjours Teu augmenter 
ceste volonté depuis que je sois ic;, et mesme en 
feire plus démonstration depuis la perte de Sienne. 
Monseigneur, vous aurez comme je pense, bien 
entendu avant la réception de la présente, les 
nouvelles de la mort du pape que noua avons sccu 
présentement, qui est une très mauvaise nou- 
velle pour la case Farnèse, car ils commençoient 
à BBtre grandement fevorisez de luy. L'on pense 
qu'il j aura bien plus grand contract à l'élection 
de celuj qui se fera maintenant que à la dernière, 
de sorte que l'on espère que tous les cardinaux 
français y pourront estre k temps. 

Mons' le Duc do Ferrure, lequel est à Rome, a 
euvajè un courrier devers led. S' Duc de Parme 
pour luy faire entendre la griesve maladie du 
pape, qui estoit une apoplexie, dont l'on espéroit 

i plus la mort que la vie ', le priant de vouloir aider 
et favorisop envers les frères et amis le cardinal 

! de Ferrare son frère, qui seroit un grand bien 
pour les affaires du Roy. Je pense bien que led. 
S" Duc de Ferrare ne partira de Rome que le 
pape ne soit fait. 

Monseigneur, je prie Notre Seigneur, après 
vous avoir présenté mes très humbles recomman- 
dation A vostre bonne grâce, qu'il vous doint très 

I heureuse et très longue vie. De Parme, ce 4"' jour 
de may 1555. 

' Marcel II monnit en effet le 30 avril 1555, et fat 
rempkcf , le 23 mai, par PiLiii IV. 



— 117 — 

Monseigneur, quant au gouyernement du Due et 
de sa ville, etdes choses qui concernent le £edt des 
soldats, je vous en manderaj bien au long, et plus 
que ne vous en puis escrire par Serres que j'espôre 
TOUS dépescher par la première occasion d'icy ou 
de Toscane. 

Votre très humble et très obéissant 
serviteur. 



SOUBIZB. 



(Copie, fol. 144. Ibidem.) 



VI 



Au Roy. 

Civita Vecchia, 14 juin 1555. 

Sire, depuis mon arrivée en ce pais où mon mal- 
heur a voullu que je sois arrivé trop tard de deux 
jours pour entrer au Porthercole *, je ne vous ay 
escript aucime lettre, espérant tousjours de pou- 
voir entrer dedans ou d'avoir nouvelles de M. le 
Mar*i Strozi pour vous faire une bonne dépesche 
de Testât de toutes les choses de deçà. Mais il es- 
toit assiégé et serré de si près par mer et par terre 
que je ne pouvois faire passer à luy ni luj à moj, 
et n'eusse encores sceu de ses nouvelles, sans une 

* Porto Ercole, voisin d'Orbitello, vaillamment dé- 
fendu par les Français, mais secouru trop tard, dut 
capituler vers la fin de juin 1555. 



— 118 — 

occasion qui luy est venue de pouvoir sortir avec 
sa galère pour pourvoir à ce qu'il congnoissoit 
estre nécessaire pour le secours de Porthercole, 
ce que sans sa présence ne se pouvoit faire, 
comme vous entendrez. Sire, ensemble ce que de- 
puis son parlement j est survenu, qui me gar- 
dera de vous en importuner de plus long récit. 
Et seulem^t vous supplieray très humblement, 
Sire, que vostre plaisir soit me ^continuer pour 
toutte ma vie en vostre bonne grâce et souvenance, 
et avoir ceste asseurance de moy que je ne per- 
dray en quelque lieu que je soye une seule occa- 
sion qui se puisse offrir à moy de vous faire ser- 
vice, et la chercheray en tous les lieux et en toutes 
les sortes qui me sera possible comme la chose de 
ce monde que plus je désire trouver. 

Sire, je prie à N" Seigneur qu'il vous doint en 
santé, prospérité très heureuse et très longue vie. 
De Civita Vecchia, le 14» jour de juing 1555. 

Vostre très humble et très obéissant subject 
et serviteur, 

SoumzE. 

(Copie. Fonda français, vol. 20442, fol. 239.) 



— 119 — 

VII 

Au Due de Ouiae^. 

Radico£ani, 20 janvier 1550. 

Monseigneur, rassenrance que j'aj totU{joiirs 
eue de vostre bonne grâce depuis la promesse qu'il 
TOUS a pieu m'en fiedre» et l'espérance que J'en ay 
eue» me fidct prendre la hardiesse de vous impor- 
toner de la présrate pour tonsjours me remente* 
voir et tous porter tesmoignage de ma âdélité et 
servitude envers vous» et aussj. Monseigneur, 
pour vous supplier très humblement de me vouloir 
fEivoriser, si les dioses négociées par Monseigneur 

* Je dois à Famitié de IL le comte Joies Delaborde 
cette lettre, qui n^est pas sans importance, car elle 
montre à sa date (20 janvier 1556) les rapports de 
Soubise avec les Guises sons un aspect très-différent 
de celui des Mémoires. Deux courants opposés se des- 
sinent alors dans la diplomatie française. Tandis que le 
cardinal de Lorraine conclut à Rome (16 décembre 1555) 
entre Henri II et Paul IV, un traité secret pour l'ex- 
pulsion des Espagnols de la Péninsule, Tinfluence toute 
pacifique de Montmorency prépare la trêve de Vau- 
celles (3 février 1556). Le traité du 16 décembre 
ouvrait des perspectives de revanche aux généraux 
français que la fortune avait trahis en Toscane. Ainsi 
s'explique Tattitude de Soubise avant les événements 
décisif qui allaient Passocier sans retour à Topposition 
des Châtillons. L'expédition de Naples semble la date 
de sa rupture avec les Guises. (Voir les Mémoires, p. 31.) 



— 120 — 

Yosire frère parviennent à bonnes fins» comme je 
Tespère et désire» et que le braict qui en est par 
toute ritalie se trouve véritable, dont je.supplie 
Nostre Seigneur, et qu'il vous plaise. Monsei- 
gneur, eu esgard au lieu qu'il a pieu à Sa Majesté 
me faire tenir en ce païs, et à l'affection que j'aj 
à vostre service, me vouloir trâicter en fidèle ser- 
viteur quel je vous suis. 

Vous entendras^ Monseigneur, plus ample- 
ment, ma très bumUe requeste de ce porteur 
auquel j'ay donné diarge la vous présenter pour 
ne vous estre importun, de trop longue lettre, vous 
suppliant très humblement le crojre conmie moj 
mesme. 

Mcmseigneur, je supplie Nostre Seigneur, après 
avoir présenté mes très humbles recommandations 
à vostre bonne grâce, qu'il vous doint très heu- 
reuse et très longue vie. De Radicofani, le xx* jour 
de janvier 1555. 

Vostre très humble et très obéissant 
serviteur, 

SOUBIZB. 

(Original. Foods français, vol. 20554, fol. 89.) 



— 121 — 



VIII 

A la Royne ma souveraine Dame. 

Du Parc, 14 janvier 1562. 

Madame, j*ay esté depuis peu de jours advierty 
par Mons' de Burye de la souvenance qu'il vous 
a pieu avoir de moy en mon absence, et la charge 
qu'il vous a pieu au Roy et à vous luy donner de 
mlionnor^ du collier de son ordre, comme aussy 
je Tay veu par la lettre qu'il a pieu à Sa Ma'^ m'en 
escripre, laquelle led. S' de Burye m'a fait tenir, 
qui est. Madame, ung honneur que je ne puis ne 
dois recongnoistre d'aultre que de vostre bonté et 
grâce, desquelles vous avez accoustumé d'user en- 
vers ceulx que vous tenez vos plus fidelles et affec- 
tionnez serviteurs au nombre desquels je diray. 
Madame, sans présomption, que je doibs tenir ung 
des premiers lieux, si fidélité et une comme servi- 
tude de longtemps toute vouée (?) à Vostre Majesté 
y peulvent quelque chose. Et n'eusse failly. Ma- 
dame, après avoir receu ung tel honneur de me 
mettre incontinent en chemin pour en aller rendre 
les très humbles grâces et remercymens que je 
vous doibz, et attendre le commandement qu'il 
vous plaira me faire pour le service du Roy et le 
vostre, sans l'indisposition en quoy je suis, la- 
quelle aussy me garde de pouvoir encores aller 



— 122 — 
trouver led. S' de Buryc pour recevoir de luj 
l'honneur qu'il a pieu au Roy et à voua me faire, 
comme j'aj prié le porteur vous faire entendre, 
s'il voua plaîst, Madame, me faire l'honneur de 
l'eseoiitter. 

Madame, je Eupptie Noatre Seigneur qu'il vous 
doint en proepérité très heureuse et très longue 
vye. 

Du Parc, le znn janvier 1561. 
Vostre très humble et très obéissant subject 
et serviteur, 

SOUBIZE. 



iaal. PaadB frusHis, vol. 3136, tsi. SI.) 

IX 

Aux Seigneurs de Berne. 

Lyon, 3 août 1562. 



I 



Magnifiques et très honorez Seigneurs, j'aj de- 
pesché par devers vous ce gentillomme, le S' de 
Bellegarde, qui est de vos subjects, afûn que vous 
fussiez tant mieux asseurez de ce que je \\ïy ay 
donné charge de vous dire les menées et practiques 
du Duc de Savoje avec nos ennemis dont il vous 
fera le rapport, lesquelles eatans assez descou- 
vertos vous doivent bien faire penser qu'il n'y a 
rien meilleur ny plus expédient pour vostre pro- 



— 123 — 

fict que de les prévenir. Cependant il vous décla- 
rera comment je suis empesché avec vos gens pour 
ce que jusques icj ils se sont rendus difficiles et 
indociles (?). Il n'a pas tenu à leur £edre toute 
raison. Mais d'autant que les Yalésans et ceulx de 
Neufchastelont esté prests à marcher etûdreleur 
debvoir, il a semblé que les vostres reculassent. 
Cependant il s'est perdu de telles occasions les- 
quelles Dieu veuille qu'on puisse recouvrer» car 
les ennemis pouvoient estre surprins, et à grand 
pejneeussent ilsDaict résistanceaulcune àChalons; 
mesmes depuis 4 ou 5 jours en ça ils ont esté bat- 
tuz en deux lieux» qui sont pour les estonner, si 
on se fiit avancé plus tost. Je vous prie donc bien 
affectueusement mander à vos gens qu'ils se ren- 
dent plus traitables» et remectz le reste au por- 
teur auquel je vous prie d'a^jouster foy. 

Magnifiques et très honorez seigneurs» après 
m'estre de bon cœur recommandé à vostre bonne 
graœ, je prieraj Dieu vous tenir en sa protection 
et vous augmenter en tout bien et prospérité. De 
Lion, ce 3^ jour d'aoust 1562. 

Vostre obéissant et affectionné à vous 
feire service. 

SoumzE. 

(Original. Archives de Berne.) 



A la Reyne Mire. 

hjOD, 17 septembre 15( 

lame, j'ay tousjours dllféré & vous fairens^ 
ponce à la lettre qu'il tous a pieu m'escripre de 
Yostpe main par un gentilhomme du Comte de 
Tende, jusques à ce que j'eusse trouvé bomme 
seur par qui je voua peusse escripre, et ajant 
maintenant trouvé ce porteur je n'ay voulu faillir. 
Madame, de vous rendre les très humblea grâces 
quejedoiltsdelaâance que vous me monstreipar 
vostre lettre avoir en moy, vous suppliant très 
humblement crojTC que la Ma** du Roy et la Vostpe 
n'ont et n'auront jamais un plua âdelle sulgect et 
serviteur que moy, ni qui plus déplore les cala- 
mitez et ruines qiii menassent vostre Royaulme, 
ne qui plus désire d'employer sa vie pour jtrouver 
quelque remède, s'il plaisoit à Dieu me fejre ai 
heureux de m'en donner quelque moyen. Mais je 
voua supplie très humblement me pardonner si je 
prens la hardiesse de vous dire, comme vostre très 
humble serviteur, qu'il me semble que vous ne 
prenez pas le vray chemin pour esteindre ung feu 
tant allumé comme est celui que l'on voit desjà ee- 
para par tous les endroicts de vostre Royaulme, 
dont il me semble. Madame, que vous pouvez 



— 125 — 

jusques à présent bien voir les expériences, qui 
me Met (pour le zèle et affection que j'aj à mon 
Roj et Souverain Seigneur, et particulièrement 
à vous. Madame) tous suplier très humblement 
d'y pourvoir dilligemment, car je crains merveil- 
leusement que» si vous 7 tardez plus guères, il 
sera trop tard pour y remédier. 

Madame, quant au commandement qu'il vous 
plaist me faire de remettre Lion du tout en Tobéys- 
sance du Roy vostre fils je vous suplie très hum- 
blement penser qu'il n'y a ny n'aura jamais ville 
en ce Royaulme plus obéissante que ceste cy tant 
que j'y seray, y ayant le moyen que j'ay mainte- 
nant de la luy conserver. Car c'est à luy seul et à 
vous. Madame, que je désire la garder et non à 
aultre, et n'y suis venu en aultre intention laquelle 
je continueray toulte ma vie, et aurois un regret 
immortel qu'il y eust ville en vostre dit Royaulme 
qui portast plus respect et révérence aulx com- 
mandemens proceddans de Vos Ma^, quand je 
vous verray commander absoluement et en l'autho- 
rite qui vous est deue. 

Madame, pource que je pense bien que vous 
pourrez avoir eu quelque malcontentement d'avoir 
entendu que j'ay laissé entrer en ceste ville une 
partie de nos Suisses, ce que je n'avois voullu 
permectre jusques à ce que la nécessité m'y a con- 
trainct, je vous suplie très-humblement ne vous en 
malcontenter, car je l'ay faict de telle sorte que 
cela ne vous empeschera point l'obéyssance de 




^■ostre ville, quand bien ila y seroient tous; et si 
Dieu me faict jamais! la grâce que je me puisse 
trouver en rostre présence, j'espère vous rendre 
si bon compte de mes actions quo vous aurez oc- 
n de vous contenter de ma Mellité. 
Madame, je prie Nostre Seigneur qu'il vous 
doint sa prospérité et le contentement que je vous 
doaire, avec très heureuse et très longue vie. De 
Lion, le dix septième jour de septembre 1562. 

frïD^i, vol. i07B3. fat. 135, M6.) 



A Monsiear Calvin, 

Lyon, 18 octobre IS 
Ifoneieur, j'ay receu vofitre lettre par laquelle 
TOUS désirez que toultes nos affaires se portassent 
partout au BFy bien que icy. Elles se portent assez 
bien à la vérité jusques à présent, mais non pas 
tant que les mesmes nécessités qu'ont les anltres 
ne nous assaillent aussy, car pour n'avoir moicn 
de paier nos soldats, nous les payons en drap, 
en pain et en vin, do sorte que cela noue accoursit 
merveilleusement nos vivres, qui est le pis que 
s faire, car nos ennemys ne s'atten- 
dent de nous avoir quo par faulte de vivres et ne 
font sinon nous ruiner et gaster le pals tout i, 
l'cntour. 




— 127 — 

J'attens de jour en jour le Baron des Adretz 
qui est retourné en Dauphiné quérir toutes les 
forces qu'il y a, pour incontinent qu'il sera venu 
ea tirer des nostres de ceste ville le plus que nous 
pourrons pour aller trouver Monsieur de Nemours» 
affîn de ne luj donner la pejne de nous venir 
chercher. Dieu nous en donnera telle issue qu'il 
luj plaira, mais je m'asseure que ce sera le mieulx 
que nous puissions faire» car il n'y a rien qui nous 
soit pire que le temporiser. Je croj bien qu'il se 
trouvera encores quelque marchandise en ceste 
ville» mais non pas tant que l'on espéroit, et si ne 
se peult faire si diligemment, pource que nous 
sommes desja à chercher de maison en maison les 
caches ou ceulx qui s'en sont allez les ont mises» 
qui est une longueur plus grande que vous ne 
pouvez croire, joinct que ceulx de ceste ville y 
font dix mil tromperies pour âivauriser ou defia- 
vauriser ceulx qu'ils veullent, de sorte» Monsieur» 
que je ne fus jamais si travaillé en charge que 
j'aj eue comme en ceste cj» veu les gens à qui 
j'aj affaire. 

Il est de ceste heure arrivé quelque nombre de 
marchandise à Genesve» où je désirerois bien que 
l'on eost Fonl» pour ce que» à ce que j'entens, il j 
en a qui en font passer pour leur particulier avec 
les aultres» et qui ne veulent estre comprinses à 
&ire le fond pour le secours de Mons^ d'Andelot; 
mais je serois d'advis que messieurs de Genesve 
les arrestassent toutes pour servir à cest effect. S'il 



— 128 — 

vous plaist d'en communiquer à Monsieur Obrct, 
il vous pourra bien donner moien comme cela se 
doit faire. 

Monsieur d'Andelot est monté vers la Bourgon- 
gne. Ileust peu branquetter (?) des villes desquelles 
il eust eu ung grand argent pour le payement de 
ses gens, et si eussions eu moien de luy donner se- 
cours d'hommes et d'artillerie. Je ne veulx oublier 
à TOUS mander une seconde victoire que nous 
avons eu en Languedoc, qui a esté que ceulx de 
Montpellier prindrent un pacquet de Mons' de 
Montluc addressant à Mons» de Joyeuse, qui est 
gouverneur en Languedoc, par lequel il luy mau- 
doit le besoing qu'il avoit de secours et qu'il eust 
à luj en envoyer. Les nortres envoiérent le pacquet 
par ung auttre messaiger fidelle, et allèrent at- 
tendre sur le chemin les gens que le dit sieur de 
Joyeuse envbyoit au dit S' de Montluc, et les ont 
deffaictz; ou à ce que j'entens est demouré quinze 
ou seize cens hommes. Mais quand à la deffaite du 
dit S* de Montluc, quoy que l'ou vous ayt mandé, 
B trouverez que ce n'a pas esté si grand chose. 

Je suis bien do vostre oppinion qu'il ne fault 
point envoyer le Sieur de Biral à la journée impé- 
riale. Mais j allant comme de luy mesmes, il me 
semble qu'il ne peult nuyre, et qu'il pourra de 
beaucoup servir pour faire entendre à plusieurs 
la tirannie de nos ennemya et la justifflcation de 
nostre cause. 

Quant à la rcqucste que luo faictes jiour ly 




— 129 — 

femme veufve de Tours, en faveur de vous je fe- 
Taj ce qui me sera possible pour elle. Mais ce 
sera bien mal aisé qu'elle ne s'en sente quelque 
peu, et fauldroit qu'il y eust icy quelqu'un qui 
feut pour elle, affîn que les Commissaires deppu- 
tez à la recherche des marchandises ne prinssent 
toutes les siennes, car personne ne m'en a point 
enoores parlé. Et en cest endroict, après m'estre 
très humblement recommandé à vos bonnes grâces, 
je prieraj Dieu, Monsieur, vous donner en santé 
heureuse et longue vie. De Ldon, ce 18™« oc- 
tobre 1562. 

Vostrp obéissant filz et flidelle amy, 

SOUBIZB \ 
(Original. Collection Tronchin, à BessingesO 

XII 

Aux Seigneurs de Genève. 

Lyon, 19 novembre 1562. 

Magnifiques et honorez Seigneurs, la présence 
de Mons' Viret depuis quelque temps en ça a tel- 

' Cette formule familière atteste d^anciens rapports, 
noués peut-être en 1536 à la Cour de Ferrare. On peut 
lire deux lettres de Calvin àSoubise relatives aux afEaires 
de Lyon, dans le recueil des Lettres françaises, t. II, 
p. 494 et 517. 

9 



— 130 — 
lementservjen ceste ville qn'oultre le fraict qu'il 
en a rapporté par la prédication de l'Évaiigile, il 
semble â plusieurs que la bonne vye et saincteté 
d'un tel pcrsonna^'e ayt apaieé l'ire de Diea, et 
qnejKirluy noua ayons esté et aoyona préservez 
des maulx et dangers qui nous environneot, an 
moyen de quoy beaucoup de pereannes qui n'avoient 
pas le cusMT très ferme se sont rassurez, et beaucoup 
de ceux qui se neroient retirez, s'il fiist parti de 
Lion, voyant qu'il y demeuroit, se sont résoluB 
d'y demeurer aus^iy. De là est advenu que l'Église 
s'est maintenue et augmentée, et par là nous 
avons esté toute occasion & nos ennemis de peneer 
que nous soyions touchez de crainte et d'estonne- 
ment. 

Ces choBes estant bien considérées je pense qu'il 
n'y aura celuy qui ne connoiase combien la de- 
meure dudit S' Viret est nécessaire en ceste ville, 
tant pour la conservation d'ieelle que de l'Église 
de Dieu, ce que je vous ay bien voulu mettre de- 
vant les yeux, vous priant très affectueusement 
ne nous vouloir point faire une telle playe, comme 
de le rappeler, ainsy que j'ay veu par une lettre 
que luy avez eecrite, joinct aussy riue sa santé ne 
pourroit porter de faire le voyage en hiver, comme 
m'ont tesmoigné les plus apparena médecins de 
oeste ville auxquels j'en ay faict faire une consul- 
tation. Or pour autant que je m'asseure que l'es- 
time que vous feictea de sa vye, quel'aiïectionque 
vous avez de tout temps eue à l'adranccmcnt de 



— 131 — 

rÉvangile» et Tamitié que portez particulière- 
ment à ceste ville, seront en vostre endroit au lieu 
de toute l'instance et prières que je vous pourrois 
ùâre, je ne vous diraj autre chose là dessus, si ce 
n'est pour vous asseurer que s'il vous plaist le 
nous laisser pour cest hiver» oultre les raisons si 
solides, vous m'obligerez tellement en particulier 
qu'il ne sera jour de ma vie que je ne désire avoir 
occasion de m'emplojer à vostre service. 

Sur ce après avoir présenté mes bien affec- 
tueuses recommandations à vos bonnes grâces, je 
prieraj Dieu, magnifiques et honorez Seigneurs, 
vous donner très bonne et longue vie en toute 
prospérité. De Lion, le 19 de novembre 1562. 

Vostre très affectionné et fidelle amj. 

SoumzB *. 

(Original. Archives de Genève, dossier 1719.) 

XIII 

A la Boyne Mère. 

Ljon, 6 décembre 1562. 

Madame, si la fidélité et affection qu'un bon 
subject et serviteur doibt à son prince n'avoit non 

* Je dois cette lettre à M. le comte Jules Delaborde, 
qui me signale dans le même dossier dix lettres rela- 
tives au séjour de Viret à Lyon (1562-1563). Voir le 
Bulletin, t XXI) p. 73 et suivantes. 



*'■ 



— 132 — 

plus de privilège que sa qualité et condition, je 
n'oserois maintenant prendre la plume en main 
pour vous escripre de peur d'estre estimé pré- 
somptueux et notté d'indiscrétion. Mais parce 
qu'en me taisant pour fuir ce blasnokc, je crain- 
drois d'en encourir ung autre plus grand, assavoir 
de n'avoir satisMct à mon debvoir nj à ma cons- 
cience, j'ay pensé d'éviter l'un et l'autre, ramen- 
tevant à Vostre Ma^^ ce que le temps et l'occasion 
monstrent estre expédient pour son service. 

Je ne doubte point. Madame, que vous ne voyez 
avec les jeulx baignez de larmes la callamité de 
ce pauvre Royaulme et la dissipation de la cou- 
ronne du Roy vostre filz, et m'asseure que vous 
n'ignorez point qui sont ceulx qui en sont les au- 
theurs (car les maulx et ruines qu'ils ont appor- 
tez ne les rendent que par trop cogneus) mais 
pour quelle occasion le tout est advenu. Oultre 
que Dieu le nous a par cy devant monstre par deux 
fois ^ il le nous a encore dernièrement déclaré 
par la mort du Roy de Navarre ' si expressément 
qu'il n'est possible de plus. Voilà, Madame, le 

* Allusion à la mort tragique de Henri II et à la 
brusque fin du jeune roi François II, où Ton vit éga- 
lement le doigt de Dieu. 

* Grièvement blessé au siège de Rouen où il com- 
battait contre les réformés, dont il avait d^abord sou- 
tenu la cause, ce prince mourut le 17 novembre 1562, 
en manifestant ses préférences pour la confession 
d*Augsbourg. 



— 133 — 

sallaire que recoipvent ceulx qui rejectent les 
grâces de Dieu et se bandent à rencontre de luy, 
voullans renverser la vérité pour establir le men- 
songe, et que pouvons nous juger par là aultre 
chose sinon que c'est un troisième advertissement 
que Dieu nous a ûdct? 

Il n'est ja besoing de vous réduire a mémoire 
les exemples passés de peur de rafreschir vos 
playes, et renouveller vos doulleurs. Mais nonob- 
stant cela, s'il plaist à Yostre Majesté de bien 
poiser et considérer toutes choses, encore trou- 
vera elle occasion de se resjouir quand elle co- 
gnoistj^a que Dieu ne la veult pas délaisser du 
tout, ny abandonner le Roy vostre flilz, puisqu'il 
luy a pieu vous advertir et donner les moiens 
d'appaiser son courroux et mectre an à tant de 
misères et afflictions. Je ne veulx pas inférer. Ma- 
dame, que pour une partye il faille perdre le reste 
du Royaulme, car ce seroit tousjours continuer la 
ruine, et de faict c'est cela mesmes qu'ont voullu 
feire ceulx qui ont troublé le repos du Royaulme. 
De quoy faict foy la différence de Testât des af- 
feires d'aujourd'huy à ceulx de Tannée passée, lors 
que touttes choses estoient en repos et chascun se 
contenoit en son debvoir, sans se rien demander 
les uns aux aultres, laquelle considération seule. 
Madame, peut d'elle mesme discerner les bons et 
vrays serviteurs du Roy d'avec les aultres. 

Mais puisqu'il a pieu à Dieu y adjouster son ju- 
gement, et vous presser le bras pour tirer Vostre 



— 134 — 
Mai^, le Roy voBtrefllzet le Royaume hors de cap- 
tivité et tyrannie, je vous eiiplie très humblement 
d'embrasBer l'occasion, et vous asseurer que Dieu 
ne laisse jamais sonceuTre imparfaite. Ques'il vous 
plaist, à son exemple, donner cha^timent & ceulx 
là qui le méritent, et prester faveur à ceulx qui 
vous sont fldelles, et en les autorisans les accroistro 
de vostre aucthopité, Vostre Ma*» peult estre cer- 
taine que les forces d'Espaigne, d'Allemaigne, 
d'Angleterre et Italie ne pourront aecourcir ou 
restraindre les limites de France, ny empcscher 
qu'au Roy et à Vostre Ma"* soit rendu l'honneur et 
l'obéissance «jui vous est deue. Or encore. Madame, 
que je ne me sois jamais desfié de vostre vertu, 
et que la révérence que je porte à Vostre Ma", 
et l'estime que je fais de sa prudence auroicnt bien 
voidlu me tlestourner de vous eacripre ceste lettre 
si est ce que le zèle et affection que j'ay à vostre ser- 
vice m'y ont contrainct, vous suppliant très hum- 
blement mevoulloir pardonner cesto hardiesse que 
j'ay, et rejecter la faulto surun extrême désir que 
j'ay de veoir exalter le nom et grandeur de Vostre 
Ma", pour laquelle conserver et accroistre, je ne 
reffuserai jamais de mectre juequea à la dernière 
goutte do mon sang et [dernier] soupir de ma vie. 
De Lyon, ce sixième jour de Décembre l'an 1562. 



(Copie, KjDrJB frani; 




— 135 



XIV 

A la Boyne Mère. 

Lyon, 4 février 1563. 

Madame^ je suis merveilleusement aise que 
Monsieur d'Elbène présent porteur ajt passé par 
œste ville, pour la commodité qu'il m'a donné de 
vous faire entendre par luy les occasions qui m'ont 
retardé jusques icj de respondre aux dernières 
lettres qu'il a pieu au Roj et à Vostre Ma** m'es- 
criprCf ce que je l'ay prié de feire, et en oultre 
vous déclarer quelque chose de ma part. Sur quoy , 
Madame, je vous supplie très humblement le 
vouloir croire, et me feire cest honneur de me 
donner moyen que je vous en puisse mander da- 
vantage par homme exprès que je désire envoyer 
v^:* Vostre Ma^, afin de luy donner à cognoistre, 
comme je m'asseure qu'elle verra par effect, que 
le Roy ny elle n'ont point un plus i^ectionné ser- 
viteur que moy ni plus fidelle. De quoy je rendray 
tousjours bon tesmoygnage jusques au dernier 
soupir de ma vie. Madame, je prieray Dieu, etc. 
De Lion, ce 4 février 1563. 

(Copie. Ibidem, fol. 144.) 



— 136 — 



XV 

A la Boyne Mère. 

Lyon, 29 mars 1563. 

Madame, il y a desjà quelques jours que Mon- 
sieur de Nemours m'a envoyé les nouvelles de la 
paix, m'asseurant pour certain qu'elle estoit fidcte * . 
Toutesfois parce que je n'en ay depuys entendu 
autre chose, je n'ay voulu faillir de dépescher vers 
Vostre Ma** Bonacoursy présent porteur, et vous 
mander en quel estât sont les affaires de deçà, et 
ce que la fidellité que je vous doibs m'oblige à 
vous faire entendre pour vostre service, chose que 
je n'eusse voullu commectre à aultre qu'à luy, 
l'ayant cogneu de longue main, et scachant combien 
il vous est fidelle et affectionné à vostre service. 
Parquoy je vous suplie très humblement. Ma- 
dame, le vouloir croire comme si c'estoit moy 
mesmes, et me faire cest honneur de vous asseurer 
que tout ce qu'il vous dira de ma part est selon 
Dieu et selon ma conscience, ne proceddant 
d'aultre cause que de l'affection que j'ay et auray 
toute ma vye à vous faire très humble service, 
dont j'espère que dans peu de temps Vostre 

* La paix d'Amboîse, signée le 19 mare, renouvela, 
non sans restrictions, Tédit de janvier. 



— 137 — 

Ma^ aura si bon et suffisant tesmoignage qu'elle 
n'aura point occasion d'en doubter, tout ainsy 
qu'elle cognoistra que j'ay tousjours esté si fidelle 
et loyal subject, et affectionné serviteur d'elle et 
du Roy son fils, que je ne doibs en cela cedder à 
aultre quelconque. Madame» je supplye le Créa- 
teur, etc. De Lyon, ce 29"* de mars 1562. 

(Copie. Ibidem, fol. 146.) 

XVI 

A la Rayne Mère. 

Lyon, 16 avril 1563. 

Madame, j'ay entendu par Mons' de Boucal, et 
depuys par la lettre qu'il vous a pieu m'escripre 
par Bonacoursy, ce qu'il vous plaist estre faict 
en ceste ville pour la pacification des troubles et 
l'obéyssance qu'il vous plaist que les subjects du 
Roy, comme la raison le veult, portent à l'édict 
qu'il a pieu à sa Ma^^ et à la vostre en faire, en 
quoy j'ay espérance, Madame, que vous serez de 
ceulx de ceste ville bien satisfaicte, car depuis 
les dernières lettres que je vous ay escriptes du 
désespoir auquel ils en estoient, je leur ay faict 
tant de remonstrances de ce qu'ils doibvent à leur 
Roy que Mons» de Boucal les a maintenant trou- 
vez inclinez à tout ce qui est de leur debvoir, 
comme je croy. Madame, que vous pourrez voir 



iant par la leUrc qu'il tous escript que par celle 
des habitons de ceste dite ville, lesquels tous dé- 
l>esch»ait œ porteur expreBsément pour vous Ikire 
entendre en tonlte humilité leurs doléances, et ce 
qu'il* désireroient pouvoir obtenir de voBtre Ma**, 
qui me gardera. Madame, de vous ea eoro^er plus 
long récit, et Beulemcnt attendra; les commande- 
niens qu'il voua plaira me faire aprèaavoir entendu 
leurs remonstrances, pour j obéjT de tout mon 
pouvoir, comme je ne feuldraj en ce qu'il vous 
plaist me commander, de remectre la ville de Lyon 
entre les mains de Mons'^ de Gordes. Mais je crains 
bien. Madame, (]u« oe ne soit chose qui ne se pui)tse 
sitoRt effectuer que le desirez, pour les difâcult«Z 
que vous entendrez dudit porteur tant du paye- 
ment des soldats cstrangers qui sont en ceste ville, 
sans lequel on ne les penlt licencier, que pour 
estre les forces de Mons' de Nemours si voisines, 
desquelles ils doubtent grandement et ne se peu- 
vent asseurer jusques à ce qu'ils les voyent rom- 
pues ou emplo^i'ées ailleurs; mesmement estant 
la disposition de Mons' de Nemours telle qu'il ne 
pourroii par sa présence retenir l'insolence de ses 
Foldats, qui semblent aulcunement n'entre contens, 
veu l'espérance qu'ils avoient prise de foire son 
butin en ceste ville. Madame, je supplie Nostre 
Seigneur, ete. De Lion, ce 16 d'apvril 1563, 

(Co|>)*. IblJtm. toi. lia.) 



— 139 — 

XVII 

A M. de Tavœnma. 

Lyon, 23 AvrU 1563. 

Monsieur mon Cousin, je vous envoie ce porteur 
à la requeste de ceulx des Eglises réformées de 
Bourgoigne et du Conté de Masconnois, pour vous 
suppljer de les faire jouyr du bénéfice de la paix, 
suyvant Tédict du Roy du mois de mars dernier, 
ce qui me semble bien raisonnable, et vous en sup- 
plie d'aussy grande affection que si c'estoit pour 
moy mesmes; car encore que j'aye entendu que 
la Court de parlement de Dijon feict quelque dif- 
ficulté de faire publier le dit édict et de permectre 
que ceulx de lad. religion réformée s'enretoument 
en leurs maisons, si est ce que je m'asseure que 
tenant le lieu que vous tenez, vous y ferez obéyr 
le Roy, comme vous avez toujours faict; qui me 
gardera de vous en faire plus instante requeste, 
si ce n'est pour vous supplier de leur en vouloir 
faire entendre vostre intention, et de leur envoyer 
Tasseurance telle qui leur est nécessaire pour pou- 
voir seurement et sans dangier retourner en leurs 
maisons et rentrer en leurs biens, sans qu'il leur 
soit fait aucun mal ne desplaisir, comme est la 
volonté de Sa Majesté. 

Au demeurant, Mons' mon Cousin, mais que je 
sois prest de partir d'icy, j'ay délibéré de passer 



— 140 — 

par une petite terre qui est à ma femme, qui s'ap- 
pelle Yillenfant, et de là prendre mon chemin 
par où vous serez, afûn de renouveller nostre 
ancienne amjtié et que vous n'oubliez plus que 
je suis vostre allié, comme vous avez faict au 
commencement que je vins en ce païs. Cependant 
je prieray Dieu, Mons' mon Cousin, après avoir 
présenté mes affectionnées recommandations à 
vostre bonne grâce, qu'il vous doint en santé bonne 
et longue vie. De Lion, ce xxiii* d'avril 1563. 

Je vous supplie, pour me faire cognoistre que 
vous avez envie que la paix soit observée de vostre 
oofité, de vouloir faire délivrer toutes les personnes 
qui sont détenues tant à Dijon, Chaalons, Beaulne, 
que Mascon, vous asseurant que j'en aj faict de 
mesmes et en feray s'il s'y en trouve d'autres. 

Vostre obéissant Cousin à vous faire 
service, 

SOUBIZB. 
(Original. Fonds français, vol. 4641, fol. 23.) 

XVIII 

Au Roy. 

Lyon, 18 mai 1563. 

Sire, j'ay reçu la lettre qu'il vous a pieu m'es- 
cripre du 6°** de ce moys, et m'estime très heureux 



— 141 — 

de Tasseurance qu'il vous plaist prendre de la fi- 
dellité et obéyssance que je doibs et veulx rendre à 
Vostre Ma*^ , comme aussi j'attribue à grand mal- 
heur de ne vous en pouvoir faire preuve telle 
et si prompte que je vouldrois. Mesmes touchant 
le commandement qu'il vous a pieu faire que les 
habitans de ceste ville posent les armes, ce nonobs- 
tant qull ayt pieu à Vostre Ma*^ de revocquer les 
forces qu avoit Mons' de Nemours, et luy se soit 
retiré en sa maison, pour cela les dites forces, au 
moings partie d'icelles, ne laissent pas de rauder 
tousjours icj alentour, tellement que la crainte 
que ce peuple en avoit le tient encores, et ne peu- 
vent, ce leur semble, en seureté demeurer desar- 
mez, voyans si près d'eulx armez ceulx qui se sont 
portez pour leurs ennemys. D'aultre part. Sire, 
les soldats de ceste ville sont la plupart de Pro- 
vence, de Bourgongne et d'aultres provinces es- 
quelles, quelque édict qu'il y ait, on ne veult rece- 
voir ceulx qui en avoient esté chassez à cause de 
la Religion, de façon qu'estant bannys de leurs 
biens et maisons, et ne scachans où se retirer, il 
seroit malaisé de les licencier; et ce qui rendra la 
difficulté plus grande de les faire desloger, c'est 
que ceulx de ceste ville n'ont pas les moyens de 
pouvoir si promptement trouver deniers pour les 
en envoyer, combien qu'ils y travaillent tous les 
jours. 

Par quoy je supplye très humblement Vostre 
Ma^, Sire, que vostre plaisir soit en fedsant cesser 



— 142 — 

ces dîfflcultcz, donner mojen à Mons' de Gordes 
et à moy de pouvoir exécuter vostre voHonté, et 
rendre l£i dessus responce aux députez que ceulx 
de ceste ville ont envoyé vers Vostre Ma'*, d'aul- 
tant que c'est aussy une excuse de laquelle ils nous 
payent, ledit S» de Gordes et moy de dire qu'ils 
attendent le retour des susdits députez, et parce 
que je m'aaseure que mon dit S' de Gordea vous 
fera plus amplement entendre touttes choses, je ne 
vous ennuyeray de plus longue lettre. 

Sire , je supplye le Créateur qu'il voua doint en 
très parfaiete santé et prospérité, très heureuse et 
très longue vie. De Lion, ce 18°" may 1563. 



[Copio, Fond, franîaù, vol. !Û7S3, fol. 15».) 

XIX 

A la Sayne Mère, 



I 



Lyon, 18 mai 1563. 
Madame, encores que je scache bien que Mons' 
de Gordes vous feiot amplement entendre les dif- 
ficultez qui empeschent que le commandement du 
Roy et vostre n'est si tost eiécute en cest« ville, 
toutesfois pour satisfaire à mon debvoir, je ne 
puis moins faire, ce me semhle, que de vous ad- 
vertir que la crainte que ces peuples ont d'à 
surpris et saccagez en ert pnrtyc car 



— 143 — 

nobstant que Monsr de Nemours se soH retiré en 
sa maison, pour cela les forces qu'il avoit avee 
luj ne laissent pas de rander alentour d'icj, me^ 
mement les Italiens, et ce qui augmente plus la 
defftance et soupçon que Ton en peult aToîr, o^est. 
Madame, que Mons' de Mangiron m'a escript «ne 
lettre que j'ai monstrée audit & de Qordes par 
laquelle il me mande qu'il a retenu expressément 
lesdits Italiens et gardé de passer la Rojne, jus- 
ques à ce qu'il ait sceu de Mons' de Nemours s'il 
trouvera bon de les faire passer par la Savoie, 
d'aultant qu'il ne vouldroit pas, ce dit il, leur 
donner passaige par le Daulphiné. 

Cela, Madame, est pour retarder sept ou huiet 
jours le parlement des susdits Italiens, et d'aultre 
part l'argot qui est deu aux eompaignies qui sont 
en ceste ville, se monte à si grosse somme qu'il 
n'est pas possible de la recouvra si promptemeat* 
A ceste cause. Madame, je vous supplie très hum- 
blement qu'il vous plaise avoir esgard à toultes 
ces considérations, n'imputant point à £aulte de 
volcmté de vous rendre l'obé jssance aussy prompte 
que je vous doibs, le péché et l'injure du temps» 
et la longueur des afilEdres de deçà auxquels pourra 
grandem^it remédier la présence de Monsieur le 
Mareschal de Yieilleville, qui me donnera har- 
diesse de vous réitérer la requeste très humble 
que je vous aj par cj devant &icte de vouloir 
haster sa venue, laquelle je désire d'autant plus 
qu'il me tarde fort. Madame, que je n'aye cest 



— 144 — 

honneur de bayaer les mains du Roy et vostrcs, 
n'ayant rien plus à cœur que de faire preuve de 
ma fidellité à l'endroict de Vos Majestés, et vous 
rendre tesmoignage do l'affection que j'ay tontte 
ma vie eue de vous faire très humble service. 
Madame, je supplie le Créateur, etc. De Lion, le 
IS^-demay [1563]. 

{Copie. Ibidem, fol. IM.) 

XX 



I 



A la Eoyne Mère. 

Lyon, 11 juin 1563. 
Madame, Mooa' le mareschal de TieilleviUe 
voua iaict amplement entendre le peu qu'il a ad- 
vancé jusquea à ceste heure à la charge qu'il vous 
a pieu luy donner, en ce qui concerne ccste ville 
de Lion, pour les difflcultez qui s'y offrent, et en- 
cores. Madame, que je scache bien qu'il ne m'ap- 
partient de voua remonstrer et moins conseiller 
en chose du monde, si est ce que pour ne faillir 
au debvoir en quoy je suis obligé aux services de 
Vos U.^, je prendray la hardiesse. Madame, de 
vous dire que les remonstrances que ceulx de ceste 
ville luy ont faîctes, lesquelles il vous envoyé par 
escript, sont dignes de quelque considération, ai 
vous désirez que vostre volonté soit promptement 
effectuée. Mesmement en deux articles, l'un en ce 



— 145 — 

qu'ils demandent qu'il plaise à Vos Ma*^ leur per- 
mectre qu'ils facent une taille sur eulx pour li- 
cencier les soldats, qui est le principal, et sans 
lequel tous les aultres seroient inutiles; car je vous 
puis asseurer. Madame, qu'il n'est en leur puis- 
sance de trouver plus argent sans ceste permission, 
pour ce que tous les moyens dont il s'aidoient du- 
rant la guerre cessent par la paix. Parquoj, Ma- 
dame, il vous plaira d'y pourvoir dilligemment, 
d'aultant que vous désirez prompte exécution au 
commandement qu'il vous a pieu faire audit S'Ma- 
reschal. 

L'autre article. Madame, de leurs remons- 
trances qui me semble aultant considérable est 
celuy des temples et lieux qu'ils demandent pour 
l'exercice de leur Religion, en plus grand nombre 
qu'il n'est porté par l'édict de la paix, car il n'est 
pas possible que deux lieux puissent estre capa- 
bles du grand nombre de personnes qui s'y assem- 
blera tous les jours, principallement aux diman- 
ches, auquel jour il y â douze ou treize temples 
d'ordinaires où l'on faict les presches, qui en sont 
si plains qu'il n'y en scauroit entrer d'advantage *. 

Quand il vous aura pieu. Madame, faire enten- 
dre audit S' Mareschal vostre volonté sur lesdites 
remonstrances, il pourra beaucoup plus aisément 
exécuter le faict de sa charge, en quoy je le servi- 

* La réponse de la reine n'est qu'un refus, avec 
prière aux réformés lyonnais de ne « s'opiniastrer en 
une chose déraisonnable ». (Lettre du 16 juin 1663.) 

10 



— 140 — 
raj' et soulageraj en tout ce qui me sera pos- 
sible, et espère faire en sorte qu'il vous portera tel 
tesmoigna^e de mra actions que tous me reco- 
gnoistpez pour tel serviteur et aultant fidelle sub- 
ject que je vous ay toutte ma vie esté. Madame, 
je supplie le Créateur qu'il vona doint, etc. De 
Lion, le xi"' Juinff 1563. 



XXI 



I 



Alt Maréchal (le MoiitTnorenc)/. 

ChastilloD, 25 juillet 1564. 

Monseigneur, s'en allant Mons'de Cipierres par 
devers vous, je n'ay voulu faillir de vous escpire 
ce mot pour vous dire que ung des plus grands 
plaisirs que je receus il y a long temps, m'a esté 
apporté par la lettre qu'il vous a pieu m'escrire. 
car eneores que par icella vous me monstrez que 
vous m'estimez beaucoup plus que je ne vaulx, si 
est ce que je ne puis que je ne reçoive im grand 
contentement de me voir estre estimé d'un si ver- 
tueux, et généreux seigneur comme vous, à qui je 
désire aveo le hasard de ma vie et de mon bien 
faire aultant de service que tous cognoistrez que 
je seray digne d'y estre employé. 

Au demeurant. Monsieur, je vous escrivis, ces 
jours passez, ]tar ung gentilhomme que j'en voyaj 



— 147 — 

à Paris par devers vous, et escrivois par luy 
mesme à Mons' Delaplanche * quelques particula- 
ritez que je luy priois de vous dire, auxquelles il 
me semble, sauf vostre meilleur advis, que vous 
devez penser. Je vous supplie très humblement 
me faire entendre si vous les aurez eu agréables 
et quelle sera vostre délibération là dessus. 

Et en cest endroict, pour ne vous ennuyer de 
trop longue lettre, je vous présenteray mes bien 
humbles recommandations à vostre bonne grâce, 
et prieray Dieu, Monseigneur, qu'il vous doint en 
parfaite santé très heureuse et longue vie. De 
Chastillon, ce xxv« juillet 1564. 

Je vous supplie très humblement que Madame 
vostre femme trouve en ce lieu mes très humbles 
recommandations à sa bonne grâce, et que je luy 
mande que si j'eusse pensé, quand je la portay au 
baptesme, qu'elle n'eust esté de ma Religion, je 
l'eusse laissé tomber dans les fonds *. 

Vostre très humble et obéissant ser- 
viteur, 

SOUBIZE. 

(Original Fonds français, vol. 80507, fol. 134.) 

* Sans doute l'historien Louis Régnier, sieur de La 
Planche, fort lié avec les Montmorency. 

* La personne à laquelle se rapportent ces lignes 
enjouées est Diane, fille légitimée de Henri II, et veuve 
d'Octave Famèse, mariée, en secondes noces, à Fran- 
çois de Montmorency, fils aîné du Connétable. 



— 148 — 

XXII 

t 

Au Roy. 

Sans date : premiers mois de 1566. 

Sire, le S' de Soubize, chevalier de votre ordre, 
vous remonstre qu'il a esté adverty que, par cer- 
taines confessions faictes par feu Jehan Poltrot, 
S' de Merey, estant aux tourmens à luy ordonnez 
par la justice, est faicte expresse mention dudit 
S' de Soubize comme s'il eust esté aucunement con- 
sentant ou adhérant à l'entreprinse de la mort de 
feu Mons' de Guyse, ce qui ne s'est jamais trouvé 
véritable, par ce que aussi le dit S' de Soubize ne 
luy en donna oncques charges ny mandement, et 
d'ailleurs ne se trouve aucune preuve ou présomp- 
tion contre luy de ce faict. Et pour ce que le dit 
S' de Soubize craindroit que à l'advenir on ne l'en 
vouUeut accuser ou inquietter, soubz le prétexte 
de telle depposition nulle et non libre et qui n'est 
aydée d'aucune aultre preuve ou conjecture, 
comme on a faict à Mons' l'Admirai, lequel tout- 
tesfois en a esté par vous, Sire, décléré innocent *, 
ledit S' de Soubize, encores qu'il ne soit expressé- 
ment accusé, vous supplie très humblement, Sire, 

* A Moulins, le 29 janvier 1566. — La déclaration 
de Soubise dut suivre de près la proclamation de l'in- 
nocencc de l'amiral. 



— 149 — 

qu'il vous plaise ordonner qu'il soit donné, pour 
son regard, pareil jugement et arrest par lequel 
il soit décléré innocent de ce feict, et deffences 
faictes à tous de ne l'en appeller ou inquietter en 
quelque sorte que ce soit, sur les peines contenues 
en Tairest dudit S' Admirai. 

Au bas, d'une autre main, à demi'page . 

Il fault que, pour la pacificacion de toutes choses, 
il meure ung homme pour le peuple, ou qu'il en 
porte la peine. Et ne donnera ledit S' de Soubize 
beaucoup au public, pour ce que aussi bien ne vi- 
vera il plus que deux ou troys moys. 

Par ad vis et ordonnance du Conseil. 

(Paraphe.) 

(Original appartenant à M. Dugast-Matifeux. Copie de 
M Paul Marchegay.) 



\ 



TABLE. 



Pages. 

Préface iii-xvi 

Mémoires de la Vie de Jehan Larcevesque, 
sieur de Soubize 1-101 

Appendice. Lettres de Soubise 103-149 



ERRATA. 



Page IV, ligne 18, lisez : Tavannes. 

Page IV, ligne 24, lisez ; pro Christo et patria.... 

Page 4, ligne 25, lisez : une si grande affliction. 

Page 33 , note 1 , ligne 3 , lisez : 8 janvier. 

Page 65, note 1, ligne 5, lisez : aux Seigneurs de Genève. 

N, B. La note 2 de la page 23 doit être ainsi com- 
plétée : née le 25 mars 1555. 



* 4t 



.'^ 



'f^^^>''^.'''*$---^' ^* ■ '*^"' 



/ y: ...